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Le 2 septembre 2021



Communiqué de Presse

Le Cercle algérianiste demande à Emmanuel Macron de ne pas s’enfermer dans une approche partisane en matière d’hommage aux personnalités  issues des anciennes colonies 

Le chef de l’État, Emmanuel MACRON, a confié à l’historien Pascal BLANCHARD, connu pour ses positions indigénistes et décolonialistes, le soin d’établir une liste de personnalités issues des Outre-Mer et des anciennes colonies, afin d’aider les maires de France dans le choix des dénominations de rues et bâtiments publics.

Pascal BLANCHARD a remis, le 12 mars dernier, une liste de 318 noms rassemblant des personnages qui auraient contribué à notre histoire, mais n’auraient pas encore trouvé leur place dans notre mémoire collective.

À la lecture de ces noms, force est de constater que quasiment toutes les personnalités ayant un lien avec l’Algérie, de Messali HADJ à Mustapha ZITOUNI capitaine des footballeurs du F.L.N., en passant par Frantz FANON, directeur du journal du F.L.N. El Moudjahid ont un dénominateur commun, celui d’avoir combattu la France.
 
En revanche, tous ceux, médecins, enseignants, scientifiques qui ont apporté autant à la France qu’à l’Algérie, quelle qu’ait été leur confession, et qui méritent pourtant, et en priorité, la reconnaissance de la Nation française toute entière, ont été volontairement écartés.

Comment accepter, par exemple, que des militants FLN soient honorés en France, et que soient passés sous silence, parmi bien d’autres, le Docteur Renée ANTOINE qui soigna admirablement les populations musulmanes du trachome, le Bachaga Saïd BOUALAM, ancien vice-président de l’Assemblée nationale, figure incontournable de la communauté Harkie, ou l’avocat Ali CHEKKAL qui fut assassiné par le FLN en 1957, à Paris ?

C’est la raison pour laquelle, dans un esprit d’équité des mémoires, le Cercle algérianiste a demandé à l’Etat, notamment dans la perspective du 60ème anniversaire de l’exode dramatique des Français d’Algérie, d’honorer des personnalités de confessions diverses dont l’engagement, au service du développement de l’Algérie, est unanimement reconnu.

Cette liste de 73 personnalités, intitulée « Nos portraits de France », adressée à Emmanuel Macron, se veut donc un complément dépassionné et éloigné de toute approche militante.
Il est désormais grand temps, 60 ans après l’arrachement brutal des Français d’Algérie à leur terre natale, qu’un légitime hommage soit rendu à tous ceux qui ont œuvré de l’autre côté de la Méditerranée de manière pacifique au service de toutes les communautés, sans distinction.


Thierry Rolando
Président national du Cercle algérianiste


Annexe


Nos  portraits de France  Ces personnalités qui ont tant apporté à  l’Algérie et à la France risquant  parfois leur vie jusqu’à la perdre par  amour pour elle.  Toutes méritent la reconnaissance de la  Nation française.  Quand le passé n’éclaire plus l’avenir,  l’esprit marche dans les ténèbres.  Alexis de Tocqueville Robert  ABDESSELAM El Biar (Algérie) - 1920  Paris - 2006 sportif avocat homme  politique est né d’un père kabyle,  Mehana Abdesselam, avocat à la Cour  d’appel de Paris, et d’une mère  française, Marguerite Tedeschi, peintre  renommé issu de la bourgeoisie  parisienne. Il grandit à El-Biar et  découvre le tennis qui va devenir sa  passion.  Il fait ses études secondaires au lycée  d’Alger et au lycée Janson-de-Sailly à  Paris. Il suit ensuite des cours à  Sciences Po et obtient une licence en  droit à la faculté de droit de Paris. Il  continue parallèlement le tennis et  devient l’un des meilleurs joueurs  français. Il est champion de France  junior à deux reprises en 1937 et 1938,  puis champion du monde universitaire en  1939.  Durant la Seconde Guerre mondiale, alors  qu’il atteint son meilleur niveau, il  rejoint Alger en 1942 après le  débarquement allié en Afrique du Nord.  Il participe à la campagne d’Italie au  sein du Corps expéditionnaire français  du maréchal Juin. Il est cité plusieurs  fois et obtient la Croix de guerre  1939-1945 et la Bronze Star Medal  américaine.  Lorsque la guerre se termine, sa  carrière internationale de joueur peut  reprendre. Il reste longtemps deuxième  meilleur joueur français et est  sélectionné quatorze fois en Coupe Davis  de 1947 à 1953. Il atteint les huitièmes  de finale en 1938 et 1947, puis les  quarts de finale en  1949 des Internationaux de France  (Roland Garros). En 1947 il est huitième  de finaliste au Tournoi de Wimbledon. De  1946 à 1963, il est également avocat à  la Cour d’appel d’Alger.  En 1956, il décide de mettre un terme à  sa carrière sportive et de se consacrer  à la politique. Il est élu député  d’Alger en 1958.  Le 5 mai 1960, il survit à un attentat  du FLN malgré les sept balles reçues.  Après l’indépendance de l’Algérie en  1962, Robert Abdesselam abandonne la  politique pour se consacrer à sa  profession d’avocat international. Il  participe notamment au développement de  la société Lacoste à l’étranger. De 1968  à 1974, il est vice-président de la  Fédération française de tennis puis, de  1975 à 1976, de la Fédération  internationale de tennis.  Il meurt à Paris le 26 juillet 2006. Renée ANTOINE L’Hillil  (Algérie,Oranie) -1896  Aix-en-Provence -1988 médecin  ophtalmologiste.  Après des études de médecine à Alger,  Renée ANTOINE y ouvre un cabinet  d’ophtalmologie. Dès 1928 elle crée des  centres de consultation spécialisés pour  la Femme et l’Enfant, ciblant plus  particulièrement les populations les  plus déshéritées. Parlant et écrivant  couramment l’arabe, elle est sollicitée  pour diriger la lutte contre les  ophtalmies et plus particulièrement le  trachome dans les secteurs de Tizi Ouzou  puis de la Mitidja.  En 1944, à l’invitation des Soeurs  Blanches qui soignent les populations  locales dans des dispensaires, elle  organise et dirige une mission  saharienne itinérante. Loin des sphères  académiques et du monde fermé des «  mandarins » de la médecine, de 1946 à  1962 elle se jette dans une véritable  croisade sanitaire au cours de laquelle  elle effectue 92.000 kilomètres, donne  43.000 consultations et procède à 4.000  opérations, dans des conditions  particulièrement rigoureuses du fait de  l’éloignement des centres médicaux et  hospitaliers classiques. Certains  s’étonnent de son détachement des choses  de la vie et de son engagement total  auprès des populations du bled. Ses  proches témoigneront de sa foi profonde  et de sa pratique des vertus chrétiennes  qui donnaient à l’exercice de son art  une connotation  quasi mystique la poussant dans une  croisade sans fin. Ne disait-on pas  qu’elle était animée d’une ardeur  missionnaire. D’autres verront dans ce  don total, un apostolat, voire une vie  consacrée à l’image de celle de laïcs se  mettant au service de communautés  religieuses régulières. C’est en effet  une foi inébranlable qui l’animera  jusqu’à son dernier souffle.  L’Indépendance de la province proclamée,  elle ouvre un cabinet à Aix-en-Provence  où s’achèvera sa vie, non sans  avoirprivilégié de ses soins affectueux  les  communautés musulmanes arrachées à leurs  villages d’origine pour avoir servi  fidèlement la France. Lucien  BAUDENS Aire-sur-la-Lys (62) - 1804  Paris -1857 médecin. Jean Baptiste  Lucien BAUDENS voit le jour le 3 avril  1804 à Aire sur la Lys dans le Pas de  Calais. Elève brillant, il est reçu à  l’école impériale du service de santé  militaire de Strasbourg avant d’être  affecté à l’hôpital du Val-de-Grâce à  Paris pour achever son doctorat. Frais  émoulu, il est nommé en Algérie au  lendemain de la prise d’Alger.  Doté d’un excellent sens de  l’observation et d’une imagination  créative sans limites, il va multiplier  les innovations tant pratiques  (invention du cacolet pour le transport  des blessés) que chirurgicales  (traitement des plaies par armes à feu,  utilisation du chloroforme comme  anesthésique, nouveaux modes opératoires  en matière d’amputation, de réduction de  fractures, de hernies étranglées).  Selon ses vœux, ces innovations  bénéficient immédiatement à la médecine  civile. Il créé en 1833 la première  école de médecine d’Alger. Il est  également l’auteur de nombreux travaux  scientifiques.  Promu inspecteur des services de santé  des armées, il va participer à la  campagne de Crimée où sévissent des  épidémies de choléra et de typhus. C’est  de ce dernier que Baudens périra à Paris  le 27 décembre 1857 à seulement 57 ans.  Brillant chirurgien, souvent comparé à  Dominique Larrey quant à l’importance de  ses découvertes, ne mériterait-il pas  une statue, une avenue, une rue, une  impasse, en France  ou dans sa ville natale dont la  bibliothèque se flatte de détenir un  exemplaire dédicacé de son ouvrage «  Relation de l’expédition de Constantine  ». André  BERTHIER Beaumont-sur-Oise -1907  Versailles - 2000 archiviste  archéologue. Au sortir de l’Ecole  Nationale des Chartes (promotion 1931)  André BERTHIER est affecté à Constantine  au poste d’archiviste départemental. Il  assume par ailleurs la fonction de  conservateur du musée de la ville et  celle de directeur de la circonscription  archéologique de Constantine. C’est à ce  titre qu’il décide le lancement de  fouilles sur de nombreux sites qui  conduisent notamment à la mise à jour  d’une cinquantaine d’édifices  paléochrétiens de la Numidie centrale.  Il mène par ailleurs des fouilles sur le  site préhistorique de Mechta-el-Arbi et  met à jour les sites puniques d’El Afra  et de Sidi M’Cid. Son principal chantier  reste celui de Tiddis (1940-1973) qui  s’avère être l’une des villes romaines  les plus importantes de l’Afrique du  Nord bien que les fouilles aient été  interrompues.  André Berthier restera dans l’histoire  comme l’un des plus importants  archéologues d’Algérie. Il est élu  correspondant de l’Académie des  inscriptions et belles-lettres en 1961.  À cette époque, il occupe le poste de  conservateur régional des Archives de  l’Est algérien. Après l’indépendance de  l’Algérie, il garde son grade et reste  payé par le gouvernement français comme  coopérant. Ce n’est qu’en 1971 qu’il lui  est proposé un poste aux Archives  nationales à Paris. Il termine sa  carrière comme conservateur en chef aux  Archives nationales (1973-1978).  En 1944 il avait participé à la campagne  d’Italie où il avait obtenu la médaille  militaire. Louis  BERTRAND Spincourt -1866 Antibes - 1941  professeur agrégé de lettres écrivain,  romancier académicien  Louis BERTRAND, né en 1866 à Spincourt,  près de Verdun, restera attaché à ses  origines lorraines tout en se  passionnant pour le passé de l’Afrique  du Nord.  En 1922, lors d’une conférence qu’il  donnait à Alger, il s’étonnait encore  que les Français connaissent si peu  l’histoire de cette province qui avait  été romaine et chrétienne avant d’être  dominée par l’Islam.  Après avoir suivi des études classiques  de lettres et les cours de l’Ecole  Normale Supérieure, il avait passé  l’agrégation ; il enseigna ensuite dans  les lycées de Bourg-en-Bresse,  Aix-en-Provence et Alger : ville dans  laquelle il séjourna de 1891 à 1900. Le  professeur Louis Bertrand adaptait très  librement le programme pédagogique  officiel à ses propres goûts  littéraires, ce qui lui valut de  nombreux désaccords avec sa hiérarchie.  Il s’en accommoda en se consacrant de  plus en plus à l’écriture et finit par  quitter l’enseignement.  Outre ses essais consacrés à l’empreinte  de Rome en Méditerranée, à l’Orient, et  sa collaboration à divers journaux comme  « Le Figaro » et « La Revue de Paris »,  il publia des biographies dont celles de  Louis XIV, Philippe II et Saint Augustin  qui connurent un grand succès.  Il publia également des romans qui lui  furent inspirés par son séjour à Alger.  La connaissance très approfondie des  hommes du peuple d’Algérie qu’il avait  côtoyés quotidiennement, celle d’Alger  la Blanche et des pistes du bled, a  nourri des romans comme La Cina, Pépète  le bien aimé et Le Sang des races. Ce  dernier ouvrage met en scène les  rouliers, la plupart d’origine  espagnole, en route vers le Sud, leur  vitalité, leur force et leurs passions.  Homme de lettres aux habitudes  raffinées, il fut assez curieux de leur  vie rude pour prendre la route avec ces  charretiers afin de découvrir  l’éprouvante équipée que constituait  chaque voyage. En 1925 Louis Bertrand  sera élu à l’Académie française sous le  double parrainage de Paul Bourget et du  maréchal Lyautey. Il achèvera sa vie à  Antibes en 1941. Bachaga Said BOUALAM  Souk-Ahras (Algérie) - 1906 Mas Thibert  (Arles) - 1982 militaire député  de l’Assemblée nationale  Croix de la Valeur militaire Croix de  guerre 1939-1945  Said BOUALAM est né dans une famille de  notables d’une tribu berbère.  Il effectue sa scolarité en métropole  dans les écoles militaires d’enfants de  troupe de Saint Hippolyte-du-Fort et de  Montreuil (1919-1924). Choisissant la  carrière des armes il s’engage et est  bientôt affecté comme lieutenant au 1er  Régiment de Tirailleurs Algériens. Sa  participation aux combats de la Seconde  Guerre  mondiale lui vaut d’être promu  capitaine, et de devenir commandeur de  la Légion d’honneur à titre militaire.  Rendu à la vie civile il est nommé  successivement aga et bachaga de sa  tribu d’origine les Beni Boudouane de  l’Ouarsenis. En mai 1958, il est non  seulement élu député mais aussi à quatre  reprises vice-président de l’Assemblée  nationale.  Cette consécration qui bat en brèche la  doxa décolonisatrice et tiers-mondiste,  lui vaut une tentative d’assassinat de  la part du FLN, le 26 mars 1959. Symbole  d’une Algérie nouvelle et fraternelle  indéfectiblement liée à la France, il  devient l’une de ses cibles  privilégiées. Cela lui vaut de vivre  désormais sous la menace permanente d’un  attentat. Sa famille elle-même ne sera  pas épargnée. Dix-sept de ses membres  dont un fils, paieront de leur vie leur  fidélité. En 1960, les nouvelles  orientations de la politique  présidentielle le poussent dans  l’opposition et le portent à la  présidence du Front Algérie Française.  Fidèle jusqu’au bout à ses convictions,  il est démis de son mandat le 3 juillet  1962. Réfugié en Camargue, au Mas  Thibert, il s’investit désormais dans  des actions visant à l’amélioration du  sort des Français musulmans et à leur  réinsertion dans un environnement  hostile qu’ils découvrent ainsi qu’à la  réhabilitation de ceux ayant servi sous  le drapeau français. Le retentissement  des trois ouvrages qu’il y consacre  contribue à ébranler une partie de  l’opinion jusqu’alors mal informée,  sinon manipulée, qui assimile ces hommes  à de vulgaires collaborateurs. C’est  dans ces circonstances qu’il crée le  Front national des rapatriés français de  confession musulmane.  Dernier acte d’une vie consacrée au  service de la France, il est nommé en  1979 à la Commission nationale chargée  de l’étude des problèmes des Français  musulmans. Ali  CHEKKAL Mascara (Algérie) - 1896 Paris -  1957  avocat homme politique Ali CHEKKAL Né  dans une famille modeste il est  scolarisé à Mascara, avant de poursuivre  ses études au lycée d’Oran. Il obtient  une licence en droit  à l’université d’Alger. Jeune avocat il  s’inscrit au barreau de Mascara dont il  deviendra bâtonnier. Il est élu à  l’Assemblée algérienne le 4 avril 1948.  Il en  assumera la vice-présidence à plusieurs  reprises. Au lendemain des événements de  novembre 1954, il affirme sa foi « en  une communauté franco-musulmane vivant  sous la protection du drapeau tricolore  » Il se dit partisan d’un système de  représentation égalitaire permettant le  maintien de l’équilibre entre les deux  communautés, ce qui adviendra quelques  mois plus tard avec l’instauration de la  Vème République et sa constitution  novatrice. Sa connaissance fouillée du  dossier l’impose au sein de la  délégation française, qui en novembre  1956, se rend à New York pour défendre  sa politique devant l’ONU. Notamment  sous la pression d’Etats du Tiers Monde,  elle a inscrit la question algérienne à  son ordre du jour. Sa présence active et  le témoignage qu’il apporte sur l’œuvre  de la France en Algérie, sur la nature  des événements qui s’y déroulent et plus  particulièrement le sort que fait subir  l’ALN aux populations civiles tant  européennes que musulmanes, lui valent  une condamnation à mort par le FLN.  Comment ne sanctionnerait-il pas un  homme affirmant publiquement ne pas  comprendre l’intérêt d’instaurer un  véritable Etat indépendant et soulignant  l’importance d’une population  européenne, certes minoritaire mais  composée de pionniers qui ont contribué  à fonder l’Algérie et à créer et  développer son économie, son  agriculture, ses installations  logistiques, sanitaires et éducatives  jusqu’à les rendre comparables à celles  existant en France métropolitaine.  Sa disparition devient une priorité pour  le F.L.N. Son assassinat à la sortie du  stade de Colombes où il vient d’assister  à la finale de la coupe de France, au  côté du président Coty ne fait que  s’inscrire dans la logique de terreur  rigoureusement mise en œuvre pour créer  une fracture irréparable entre les  communautés. Faut-il souligner que 90%  des victimes des actions ordonnées par  le FLN auront été musulmanes. Joseph  de Goislard de Montsabert Libourne -  1887 Dax - 1981 général d’armée homme  politique. Joseph de Goislard de  Monsabert est né le 30 septembre 1887 à Libourne  au sein d’une famille de militaires. Il  intègre l’école militaire de Saint-Cyr  en 1907. Volontaire pour servir dans  l’Armée d’Afrique, il est affecté au  Maroc, pendant la Grande Guerre où il  sert dans des régiments de zouaves.  Au sortir de l’Ecole Supérieure de  Guerre il demande une nouvelle  affectation en Afrique du Nord. Ce sera  le commandement de la 5ème Brigade  d’Infanterie, commandant la subdivision  de Miliana.  Au lendemain de l’opération Torch menée  par les troupes américaines il participe  activement à la constitution des Corps  Francs d’Afrique qui regroupe en grande  partie, les effectifs des Chantiers de  Jeunesse qui discrètement et pendant des  mois avaient préparé la reprise des  combats. Il en prend le commandement le  25 novembre 1942. S’étant vu confier le  commandement de la 3ème Division  d’Infanterie Algérienne, il participe au  refoulement des troupes allemandes à  Bizerte et libère Tunis. Toujours à la  tête de la 3ème D.I.A., suscitant la  confiance et l’admiration de ses hommes,  il mène la campagne d’Italie et enlève  la crête du Belvédère qui constitue une  étape déterminante vers la victoire. Il  prend part au débarquement de Provence,  à la prise de Toulon et de Marseille.  Puis commandant le 2ème Corps d’armée,  il franchit le Rhin et s’empare de  Stuttgart. Il devient le premier  commandant supérieur  des troupes françaises d’occupation en  Allemagne.  L‘âge de la retraite venue il est élu  dans les Pyrénées-Atlantiques député  sous l’étiquette du R.P .F. C’est sous  cette bannière qu’il siège au sein  de la Commission parlementaire de la  Défense nationale.  Chef militaire reconnu et apprécié pour  son autorité naturelle, privilégiant une  affectation à des commandements de  terrain en Afrique du Nord plutôt qu’à  des postes en états-majors, il a tout au  long de sa carrière commandé des troupes  musulmanes. Il les a profondément aimées  et elles le lui ont bien rendu. C’est ce  qui le conduit à rompre avec le général  De Gaulle dont il ne comprend plus la  politique algérienne. En 1960 il  se prononce pour le maintien de  l’Algérie française avant de condamner  les accords d’Evian et d’adresser le 2  avril 1966 une lettre au président de la  République l’adjurant de faire voter  l’amnistie des condamnés pour l’Algérie  française qui n’ont fait que poursuivre  la route qu’il avait tracée au lendemain  des événements de mai 1958 et confirmée  lors de « ses tournées des popotes ».  Jamais l’adjonction du qualificatif «  l’Africain » au patronyme d’un soldat  métropolitain n’aura été plus méritée,  tant il se consacra avec passion à ces  terres du Maghreb et aux hommes qui lui  étaient confiés. Louis  FRANCHET d’ESPEREY Mostaganem (Algérie)  - 1856 Saint-Amancet (81) -1942 maréchal  de France  Louis Félix Marie FRANCHET d’ESPEREY est  né à Mostaganem (Algérie) en 1856. Après  avoir fait une partie de sa scolarité  aux lycées Hoche et Sainte-Geneviève de  Versailles, il sort de Saint-Cyr en 1876 et est affecté  au 1er régiment de tirailleurs  algériens.  En 1881 il est admis à l’école de guerre  avant de participer aux campagnes du  Tonkin et de Chine contre les Boxers.  Promu général de division en 1912 il est  affecté au Maroc. Lorsque la Grande  Guerre survient, il participe aux  opérations défensives imposées à l’armée  française. Joffre souligne dans ses  Mémoires que « son rôle mérite d’être  souligné devant l’histoire. C’est lui  qui a rendu possible la victoire de la  Marne ». Le  18 juin 1918, Franchet d’Espèrey prend  le commandement des troupes d’Afrique  du Nord engagées en Orient dans une  opération de contournement lancée le 18  mars 1915. Il considère aussitôt que le  théâtre d’opération, particulièrement  escarpé, devrait convenir à ses troupes,  familières des djebels. Son idée est  d’engager une action de rupture sur la  montagne du Dobropolge qui culmine à  1800 mètres. La brèche réalisée puis  élargie permet de contourner et de  déborder les troupes austro-allemandes  qui doivent capituler.  Franchet d’Espèrey propose alors de  foncer sur la Bavière mais l’armistice  du 11 novembre 1918 rend ce projet caduc  qui, mené à son terme aurait pu selon  certains géopoliticiens, empêcher la  2ème Guerre mondiale. Cette campagne  audacieuse évoque irrésistiblement celle  menée en Italie en 1944 par le Corps  Expéditionnaire du maréchal Juin pour  percer la Ligne Gustav. Elevé à la  dignité de maréchal de France le 19  février 1921, il devient inspecteur des  troupes d’Afrique du Nord. Admis à la  retraite il fonde « le Comité des  amitiés africaines » qui vient en  aide aux militaires d’Afrique du nord.  Il est inhumé à Saint-Louis des  Invalides. André  GRECK Alger -1912 Paris-1993 sculpteur  André GRECK est né à Alger le 24 février  1912. Il fréquente l’école primaire de  la rue Horace Vernet, mais n’est pas un  bon élève. Supportant difficilement les  contraintes scolaires, il lui arrive de  faire l’école buissonnière... Il a envie  de peindre ! Sa mère découvrant les  goûts artistiques de son fils, le  présente au sculpteur  Alaphilippe, qui consent à le prendre en  stage durant six mois.  C’est la copie d’une tête de Donatello,  (Niccolo de Uzzano) approuvée par le  maître, qui décide de sa vocation. Il  sera sculpteur. Cinq années s’écoulent,  années de patiente initiation. Il suit  les cours du peintre Léon Cauvy à  l’Ecole Nationale des Beaux-Arts  d’Alger.  A 18 ans, André Greck bénéficie d’une  bourse du Gouvernement Général de  l’Algérie. Débordant d’enthousiasme, il  va exercer la sculpture à Paris.  Reçu premier au concours d’admission, il  est accueilli dans l’atelier de Jean  Boucher. Se sentant tout d’abord  transplanté dans un nouvel univers, il  ne tarde pas à s’épanouir et à apporter  un élément nouveau dans un atelier un  peu assoupi dans la tradition.  De retour à Alger, en 1935, à 23 ans,  candidat au Prix de Rome, il obtient le  Deuxième Second Grand Prix pour  sonremarquable « Christ dépouillé de ses  vêtements ». L’année suivante, autre  thème religieux, « Christ livré aux  bêtes sous Néron ». Il obtient alors le  Premier Grand Prix de Rome.  En 1937-1939 il est pensionnaire de la  Villa Médicis. Le 5 juillet 1962 son  atelier est pillé « en l’honneur » de  l’Indépendance  algérienne. Il rentre alors en métropole  où il est nommé successivement  professeur de  dessin à l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon  puis de Paris. Il est notamment l’auteur  du monument au maréchal Juin, place  d’Italie à Paris et  d’un buste de Georges Brassens. Augustin-Belkacem IBAZIZEN Aït  Laarba (Algérie) -1897 Paris - 1980  avocat homme politique homme de lettres.  Augustin-Belkacem IBAZIZEN naît le 17  mai 1897 dans un village de Kabylie, Ait  Laarba au sein d’une famille  d’instituteurs de la tribu kabyle des  Aït-Yenni. Lors de la Première Guerre  mondiale, il s’engage en 1917 et sert  comme aspirant dans un  régiment de tirailleurs algériens. Il  est cité et décoré de la Croix de  Guerre.  Après sa démobilisation en 1920, il  s’installe à Paris et suit des études de  droit et de lettres à la Sorbonne.  Attiré par le christianisme il abandonne  le statut personnel et opte pour la  pleine citoyenneté française pour se  faire baptiser sous le prénom  d’Augustin. De 1924 à 1928, il est  avocat-stagiaire au barreau de Paris  puis, de 1929 à 1939, il exerce à la  cour de Tizi-Ouzou dont il devient en  1937, le premier bâtonnier kabyle. En  1939, il est à nouveau mobilisé comme  capitaine au 9e régiment de tirailleurs  algériens, puis est affecté aux affaires  militaires musulmanes. Après l’armistice  de 1940, il reprend sa profession  d’avocat à Blida et épouse  une universitaire d’origine  métropolitaine qui enseigne à Alger.  De 1932 à 1936 il milite au sein des «  Croix de Feu » né des mouvements  d’anciens combattants de la Grande  Guerre. En 1939 il est mobilisé comme  capitaine au sein du 9ème Régiment de  Tirailleurs  Algériens avant d’être affecté aux  affaires militaires musulmanes. En 1949  il est élu au Conseil général  d’Alger-Maison Carrée, puis en 1953 à  l’Assemblée de l’Union Française. Très  affecté par les événements de mai 1945  et de la Toussaint rouge de 1954, il  prend position pour l’Algérie française.  En 1959 il est nommé membre du Conseil  d’Etat où il termine sa carrière.  Dans ses Mémoires, Augustin se montre «  fidèle aux sentiments et aux idées de  toute sa vie : attachement à sa petite  patrie kabyle, en dépit de son « retard  millénaire»,  attirance irrésistible vers la France,  sa culture, ses maîtres intellectuels et  spirituels et la religion du Christ ».  Il est l’auteur du : « Le Pont de  Bereq’Mouch » et « Le testament d’un  Berbère ». Mourad  KAOUAH Aumale (Algérie) - 1919 Perpignan  - 1989 sportif homme politique Mourad  KAOUAH est né le 11 avril 1919 à Aumale  en Kabylie.  Il est le fils d’un d’un officier de  cavalerie qui fut décoré pour ses actes,  lors de la Première Guerre mondiale. Son  frère capitaine tombe au champ d’honneur  durant la guerre 39-45. Sur dix-sept  membres de sa famille présents sous les  drapeaux à cette période, plusieurs  tombèrent au combat. Son grand père  avait été chevalier de la légion  d’honneur en 1884. Ecole primaire à  Aumale, études secondaires à Dellys,  puis supérieures à Alger. Fin lettré, il  choisit pourtant le métier des armes. Il  obtient le grade de capitaine. Pendant  la guerre de 39-45, il combat en Tunisie  en 1942, puis dans le Corps  Expéditionnaire Français en Italie,  ainsi que dans diverses campagnes sur  les fronts de France ou d’Algérie.  (Croix de guerre et 3 citations). Rendu  à la vie civile, il exerce la profession  de caissier-comptable à l’EGA  (Electricitén Gaz d’Algérie) et  parallèlement s’engage en politique. Il  sera adjoint au maire de Saint-Eugène,  dans la banlieue d’Alger.  Appartenant au groupe politique Unité de  la République, il est élu député  d’Alger-Ville (1ère circonscription) aux  élections législatives du 30 novembre  1958. Il siègera sur les bancs de  l’Assemblée nationale du 9 décembre 1958  jusqu’au 3 juillet 1962, date de fin de  mandats des départements d’Algérie.  Si Mourad KAOUAH était plus connu comme  homme public, il fut aussi un grand  sportif qui s’était taillé une solide  réputation comme joueur de football en  Algérie dans l’équipe de l’Olympique à  Hussein-Dey, puis à l’Association  Sportive Saint-Eugènois comme gardien de  but. En 1962, il s’installe à Paris où  il occupe un poste à l’EDF.  Préoccupé par le sort des Français  musulmans et particulièrement celui des  Harkis, il tentera pendant plus de 25  ans et par tous les moyens d’obtenir la  nationalité française pour de très  nombreux Harkis.  Il meurt subitement à Perpignan au mois  d’avril 1989 à l’âge de 70 ans alors  qu’il se rendait à un rassemblement  associatif de Français d’Algérie. Rabah  KHELIFF Rebeval (Algérie) -1933 Lyon  -2003  militaire Rabah KHELIFF est fils  d’officier, il suit donc tout  naturellement le cursus de l’école des  enfants de troupe de Koléa. A 18 ans, au  sortir de cet établissement il contracte  un engagement dans l’armée française  avant d’être affecté en Indochine. Il  participe à la bataille de Dien Bien Phu  où il est blessé et porté disparu. C’est  dans le cadre d’une opération  humanitaire menée par la Croix Rouge  qu’il est retrouvé six mois plus tard.  Après une convalescence qui lui permet  de recouvrer la plénitude de ses moyens  physiques il peut être réaffecté dans  une unité combattante qui opère en  Algérie. Le 5 juillet 1962 à Oran,  malgré les ordres donnés par le  commandement français, il libère avec sa  section du 30 ème bataillon de chasseurs  portés, plusieurs centaines d’Européens  menacés de mort. Devant le spectacle de  ces vieillards, de ces femmes, de ces  enfants qui attendent d’être embarqués  vers une destination inconnue, il se  précipite à la préfecture voisine où il  apostrophe, non sans audace, le préfet  nommé par le GPRA  en des termes on ne peut plus crus : «Je  vous donne trois minutes pour faire  libérer ces gens-là sinon je ne réponds  plus de rien.» Courageux mais pas  téméraire, le tout nouveau haut  fonctionnaire obtempère.  Les otages libérés, il se retrouve livré  à la vindicte d’une populace frustrée.  Il est alors blessé par des civils  algériens avant que ses hommes ne  viennent l’arracher à leurs mains.  Symbole d’une période que caractérise la  perte des valeurs fondamentales de  l’Armée, le général Katz, commandant la  place d’Oran, le met aussitôt aux arrêts  de rigueur pour désobéissance à ses  ordres (« Si vous n’étiez pas un Arabe,  je vous casserais. »). L’admonestation  ignoble de ce général n’empêche pas le  colonel Nicolas, commandant le  sous-secteur d’Oran et le 67ème Régiment  d’Infanterie de le citer on ne peut plus  élogieusement : « Calme, énergique et  discipliné, a fait preuve des plus  belles qualités de chef et d’homme. » Sa  prétendue « insubordination » brisera sa  carrière. C’est avec le grade de  capitaine qu’il quittera l’armée en  1967. Il consacrera le restant de ses  jours à la défense de l’honneur des  militaires  musulmans ayant servi dans l’armée  française. Pour faciliter leur  intégration, avant de les protéger  contre les menées des mouvements  islamistes qui émergent dans les années  90, il fonde l’Union Nationale des  Anciens Combattants Français Musulmans  dont il assurera la présidence jusqu’à  sa mort. Charles LAVIGERIE Huire (40) -1825  Alger  - 1892 prélat Charles LAVIGERIE voit le  jour au sein d’une famille voltairienne,  «laïcarde», sinon «franc-maçonne».  C’est dans cet environnement hostile à  la religion qu’il perçoit pourtant, à 13  ans, un appel au sacerdoce auquel les  siens ne s’opposeront pas.  Séminaire à Paris (Saint-Nicolas du  Chardonnet et Saint-Sulpice), ordination  en 1849. Il poursuit des études  supérieures avant d’être nommé  professeur de l’Histoire de l’Eglise à  la Sorbonne. Nommé directeur de l’œuvre  d’Orient, il voyage et c’est ainsi qu’il  rencontre Abd-el-Kader à Damas. En 1863  il devient évêque de Nancy mais à la  demande de Mac Mahon, alors gouverneur  général de l’Algérie, il accepte la  charge du diocèse d’Alger en novembre  1866. Il souhaite ardemment faire  revivre l’Eglise d’Afrique du Nord qui a  donné tant de fruits à l’époque romaine.  Mais il se trouve immédiatement  confronté à l’hostilité des chefs  militaires dont nombreux appartiennent à  la franc-maçonnerie et qui défendent «  la religion mahométane » comme le  stipulaient les textes de juillet 1830.  Le seul point positif qu’obtient le  prélat, c’est l’autorisation de  développer des actions humanitaires  (l’épidémie de choléra de 1867 qui a  fait 110 000 morts y est pour quelque  chose). Il fonde bientôt la Société des  missionnaires d‘Afrique (les Pères  blancs) et les Sœurs missionnaires de  Notre-Dame-d’Afrique (les Sœurs  blanches). En 1880 il devient une figure  de proue de la lutte contre l’esclavage  qui sévit notamment dans le  Proche-Orient et dans des contrées  d’Afrique. Il obtient que le Vatican  prenne activement sa part dans cette  croisade. Devenu cardinal et primat  d’Afrique il va s’employer à concilier  les positions respectives de l’Etat  républicain qui vient d’être instauré et  de l’Eglise catholique notamment dans  l’affaire des congrégations. Le 12  novembre 1890 , c’est un coup de  tonnerre lorsque devant les officiers de  l’escadre  française en escale à Alger, il porte le  fameux toast qui est immédiatement  traduit comme une acceptation du régime  républicain. Robert  RANDAU Mustapha (Algérie) - 1873 Alger -  1950 administrateur de communes mixtes  écrivain à l’origine du mouvement  Algérianiste.  Robert RANDAU, de son vrai nom Robert  ARNAUD est né le 16 février 1873 à  Mustapha près d’Alger où sa famille vit  depuis 1844. Le grand-père était Spahi,  le petit-fils fréquente le lycée d’Alger  ; il obtient ensuite sa licence en droit  avant desuivre les cours de l’Ecole des  Sciences Politiques à Paris ainsi que  ceux de l’Ecole Coloniale dont il sort  major. Il parle couramment l’arabe.  En 1898 il passe avec succès les  concours d’adjoint des communes mixtes  et celui d’interprète. D’abord détaché  aux Affaires Indigènes, il sera le chef  du service des Affaires musulmanes du  Gouvernement Général jusqu’en 1913.  Ses missions, parfois risquées, l’ont  aussi mené en Afrique : à Tombouctou, au  Soudan, au Mali où son ami Coppolani  sera assassiné.  « Africain » et « Algérien », en tout  cas homme d’action, il fera de «  l’effort » l’une des exigences majeures  de sa vie. Cette exigence, il la prête  aux personnages de ses romans qu’il  nourrit aussi de ses observations et de  ses expériences.  En effet Robert Randau tient à jour ses  carnets de route ; il fait des croquis  des villages, des outils, des monuments,  mais il se montre dédaigneux de  l’exotisme facile, si répandu en  métropole lorsque l’on écrit sur  l’Algérie. Sa plume saisit la vie d’une  scène de rue, les types humains, et  révèle l’intérêt qu’il porte « aux  bâtisseurs » et aux « défricheurs ». Son  écriture de profusion, travaillée,  savante, qui surprend à notre époque,  s’accorde aux excès de la lumière et des  couleurs de l’Algérie en construction  dans laquelle il est enraciné. Avec lui  se prépare et s’affirme la prise de  conscience de ce « mouvement littéraire  Algérianiste » dont il sera une des  figures emblématiques, même si c’est son  ami Jean Pomier qui lui donnera son nom.  En 1921 il fonde une « Association des  écrivains algériens » qui décerne un  prix littéraire et créé la revue «  Afrique »  Il décède le 4 août 1950 à Alger. Paul  ROBERT Orléansville (Algérie) - 1910  Mougins -1980 lexicographe  Paul ROBERT a un curieux destin. En  effet, c’est celui de ce fils  d’exploitant agrumicole qui après un  parcours scolaire classique dans sa  ville natale et au lycée Bugeaud  d’Alger, puis de solides études  juridiques, il se retrouve au barreau  d’Alger. C’est à la demande de son père  et pour lui servir d’interprète qu’il  participe à un voyage d’étude en  Californie. Cet état des U.S.A. a en  effet développé une culture des agrumes  particulièrement innovante qui pourrait  être introduite en Algérie. C’est la  difficulté qu’il rencontre à traduire  avec précision les termes anglais et  espagnols d’agronomie qui lui fait  prendre conscience de la nécessité de  pouvoir recourir à un outil d’une  logique nouvelle qui, par analyse,  permettrait de regrouper les mots selon  les notions et les idées qu’ils  recouvrent.  Installé à Paris où il obtient une  agrégation de droit, il va désormais  consacrer sa vie à l’édification d’une  lexicographie originale articulée autour  de cette logique. Elle bouleverse cette  discipline au point d’être étudiée et  adoptée dans des pays étrangers.  Encouragé notamment par les écrivains  André Malraux et Georges Duhamel et par  le normalien agrégé de lettres Georges  Pompidou, assisté par une équipe de  spécialistes qu’il a constituée  personnellement, il s’investit entre  1953 et 1964 dans la  rédaction des six volumes de son  indispensable « Dictionnaire  alphabétique et analogique de la langue  française».  Ce travail gigantesque qui fait l’objet  d’un supplément en 1970, est reconnu par  l’Académie française. Il impose  aujourd’hui et plus que jamais sa  logique dans un domaine plus que jamais  complexe du fait des progrès  technologiques auxquels doit s’adapter  le monde entier. Vital  RODIER (Frère Clément) Malvieille (Puy  de Dôme) - 1839 Misserghin (Algérie) -  1904 religieux botaniste  Vital RODIER, en religion frère  Marie-Clément et communément appelé  frère Clément, est un religieux  catholique français, né le 25 mai 1839 à  Malvieille, un hameau de la commune de  Chambon-sur-Dolore dans le Puy-de-Dôme,  et mort le 20 novembre 1904 à Misserghin  en Algérie.  A treize ans, il rejoint la communauté  des chartreux à la chartreuse de  Valbonne, où l’un de ses oncles est  prieur. Après deux ans d’études, sa  santé fragile ne s’accommode pas aux  exigences du Consuetudines Cartusiae qui  régit la vie de l’ordre. Il suit alors  en Algérie un oncle paternel, André  Rodier, dans une communauté des Petits  Frères de l’Annonciation qui s’occupe  d’un orphelinat établi depuis 1849 à  Misserghin, localité située à 21  kilomètres au sud-ouest d’Oran.  Dépendant de l’évêché d’Oran,  l’orphelinat est installé dans une ferme  qui comporte de nombreux ateliers pour  la formation des orphelins au milieu  d’un terrain de plusieurs centaines  d’hectares. Vital Rodier prononce sa  profession simple dans cet institut  le 31 mai 1859, puis ses vœux perpétuels  le 13 novembre 1866 et prend le nom de  frère Marie-Clément. Le frère Clément,  ainsi qu’on l’appelle plus couramment, a  appris dans sa famille à s’occuper des  arbres et des plantes. Il va ainsi  s’occuper du jardin et des plantations  de l’orphelinat : il y plante de la  vigne sur 35 hectares, une roseraie  rassemblant six cents variétés de roses  et installe une pépinière d’une  vingtaine d’hectares qui  compte de nombreuses essences d’arbres  et d’arbustes qui sont vendus aux  cultivateurs de la région. On lui doit  l’introduction en Algérie de plusieurs  centaines d’espèces d’arbres  forestiers, fruitiers ou d’ornement. Le  frère Clément se livre à des  expérimentations de greffes sur  plusieurs plants différents et  s’intéresse également à la climatologie,  relevant la température moyenne et la  pluviométrie pendant près de 40 ans.  L’invention de l’agrume qui porte son  nom la Clémentine, après s’être dans un  premier temps appelé « mandarinette »,  lui est unanimement attribuée. Edmond  et Etienne SERGENT  Edmond : Philippeville (Algérie) - 1876  Andilly (95) -1969  Etienne : Mila (Algérie) - 1878 Alger -  1948 médecins biologistes  Edmond SERGENT est né le 23 mars 1876 à  Philippeville en Algérie. Il commence  ses études de médecine à Alger, interne  à l’Hopital Mustapha en 1896. Pendant 10  ans il va passer la saison des fièvres  (été et automne) en Algérie et le reste  de l’année dans le service du docteur  Roux à l’Institut Pasteur à Paris. Ce  médecin parasitologue français est connu  pour ses travaux sur le paludisme en  Algérie, et ses nombreuses publications  et recherches, notamment sur le rôle du  pou comme vecteur de fièvre récurrente.  Ses travaux sont souvent faits en  collaboration avec son frère Étienne  Sergent.  Etienne SERGENT est né le 13 août à Mila  en Algérie. Biologiste, il participe  avec son frère Edmond à l’installation  d’une mission permanente de l’Institut  Pasteur en Algérie. En 1900, le docteur  Roux charge de mission en Algérie,  Edmond et Étienne à la découverte du  rôle des moustiques dans la transmission  du paludisme et d’en tirer des  enseignements pratiques applicables à la  prophylaxie de la maladie. Eugène SHEER Birkadem (Algérie) -  1855 Belcourt (Algérie) - 1893  instituteur inspecteur général des  Ecoles indigènes  médaille d’or de l’Académie.  Eugène SHEER est né le 31 janvier 1855 à  Birkadem, près d’Alger, dans une famille  originaire d’Alsace qui comptait neuf  enfants. Entre 1871 et 1874 il fréquenta  l’Ecole Normale d’Alger créée en 1866.  Il fut nommé instituteur à Fort-National  en 1876. Attaché à son héritage  français,  il fut aussi passionnément curieux de  l’Algérie qu’il parcourut en tous sens,  et des hommes de ce pays dont il  partageait l’origine. Il pratiquait les  dialectes arabes et berbères, lisait le  Coran dont il était capable de débattre  longuement dans les douars et les  villages dont il étudiait les mœurs et  les coutumes.  C’est en pragmatique et en homme  d’action qu’il aborda la question de la  scolarisation des enfants qui vivaient  dans les montagnes, la steppe, les  villages haut perchés de Kabylie, ou qui  suivaient les caravanes du Sud. Il  adapta l’apprentissage de la lecture,  les illustrations des manuels et les  règles de morale en fonction de  l’environnement des jeunes indigènes  car, pour lui, il ne suffisait pas  d’apprendre à lire et à écrire en  français, il s’agissait de former des  personnalités autonomes et honnêtes,  capable d’assumer leurs vies et celles  de leurs familles. Travailleur  infatigable, il s’intéressa à tout ce  qui concernait l’école y compris la  construction des bâtiments.  Ce fut un adversaire des théoriciens  parisiens et ses idées ont largement  inspiré des hommes aujourd’hui plus  connus que lui, comme le recteur  Jeanmaire. Il devint très jeune un  inspecteur exigeant, n’hésitant pas à  parcourir de longues distances à dos de  mulet pour contrôler une école isolée du  bled et le travail de son instituteur.  C’est au retour d’un périple d’un  millier de kilomètres dans le Sahara,  suivi d’une mission en Kabylie durant  l’hiver, qu’il mourut d’épuisement à 37  ans. Nafissa SID CARA Saint Arnaud  (Algérie) -1910 Paris -2002 professeur  de lettres femme politique Nafissa SID  CARA est la fille d’un instituteur,  musulman pratiquant, admirateur de  l’émir Abd el-Kader partisan d’une  modernisation de l’Algérie. Elle est la  soeur du futur docteur Chérif Sid Cara  qui sera secrétaire d’Etat à deux  reprises sous la 4ème République. Après  une scolarité studieuse, Nafissa intègre  l’Ecole Normale de Constantine dont elle  sort institutrice.  Elle est affectée plus tard à Alger dans  un lycée technique comme professeur de  lettres. C’est alors qu’elle s’investit  dans le mouvement « Solidarité » qui  prône l’émancipation de la femme  musulmane. Le 30 novembre 1958, elle est  élue députée d’Alger, et rejoint le  groupe parlementaire unité de la république le 23 janvier 1959 elle entre au gouvernement michel debré avec portefeuille secrétaire d’etat chargée des questions sociales en algérie et l’évolution du statut personnel droit musulman 4 février 1959, signe l’ordonnance qui dispose que désormais les mariages musulmans devront être contractés par consentement verbal libre des deux époux. sera tous cabinets ministériels jusqu’en 1962, à laquelle sa fonction spécifique n’aura plus lieu d’être, populations musulmanes n’étant pas de facto une affaire française. De  très nombreuses autres personnalités qui  ont contribué à la grandeur de la  France, à son oeuvre en Algérie et son  rayonnement peuvent également être  citées :  ARNAUDIES FERNAND GSELL STEPHANE  BACONNIER HENRI HALIMI ALPHONSE  BAÏLAC GENEVIEVE ISMAN MARCEL  BELMONDO PAUL JARRIGE ALBERT BEN SEDIRA  BELKACEM JEANNEL JULIEN FR BERTHERAND  EMILE-L Maréchal JUIN ALPHONSE BETON  JEAN-CLAUDE Monseigneur LACASTE BERTRAND  BIANCO RENE LAOUST GERMAINE de BOURGOING  INES (Mme LYAUTEY) LAVERAN ALPHONSE  BROUTY CHARLES LAVIGERIE CHARLES CAMPS  GABRIEL Père LEVACHER CAPDECOMME LAURENT  Maréchal LYAUTEY CERDAN MARCEL MAILLOT  FRANÇOIS CL CHARLOT EDMOND MARCAIS  GEORGES CHELLIER DOROTHEE MARCAIS  WILLIAM de FOUCAULD CHARLES MILLON  AUGUSTE DEVOULX ALBERT NAKACHE ALFRED  DJEBBOUR AHMED PICON GAËTAN DUCELLIER  GILBERT LEON Docteur POUZIN ESQUER  GABRIEL RAFA AHMED FALCONE PIERRE (PAPA)  SAINT-LAURENT YVES FEUILLET MARIE SADOK  HADJ GAUTIER EMILE-FELIX SARAILLON  BENJAMIN GEISER JEAN SCHIAFFINO LAURENT  GISCARD JEAN-JACQUES Docteur SID CARA  CHERIF GOTVALLES ALAIN TRABUT Louis  Charles Cette liste n’est pas  exhaustive.



Oran,  le 5 juillet 1962 par Paul Birebent


Après la capitulation française des accords d'Évian, Houari Boumediene, chef suprême de l'Armée des frontières, attendait son heure dans son quartier général d'Oujda. Son homme de confiance et adjoint, chargé de mission auprès de l'Elysée, le commandant Abdelkader, alias Abdelaziz Bouteflika, partageait son impatience et son ambition.


Ces accords d'Evian n'étaient qu'une tromperie. En les signant devant de simples doublures des extrémistes de Tunis, les négociateurs français savaient qu'ils signaient un « papier » sans valeur et qu'ils abandonnaient l'Algérie à la discrétion d'un parti unique et aux mains d'un seul homme, Ahmed Ben Bella, ou de plus fort que lui.


Ahmed Ben Bella qui, abandonnant par la grâce de la France sa vie de château en pays de Loire, déclarait sous les acclamations en atterrissant à Tunis le 14 avril: « Nous sommes des Arabes ! Nous sommes des Arabes ! Nous sommes des Arabes ! ». Dans cette Algérie nouvelle, arabe et triomphante, le F.L.N. s'effondrait, victime de ses rivalités et de ses haines accumulées.


Le G.P.R.A, s'embourbait dans ses contradictions et ses querelles internes. L'exécutif provisoire cloîtré dans le Rocher Noir et confronté aux désertions massives de la force locale, s'avérait incapable de gérer la situation. L'A.L.N. de l'intérieur n'existait plus en tant que troupe combattante.


Fin avril la rupture était consommée entre le G.P.R.A. et le bloc de l'Ouest de Ben Bella. Ce bloc était composé de l'Armée des frontières, dont le chef était Boumediene, de la wilaya I des Aurès, bientôt suivie par la wilaya VI du Sahara et peu après par la wilaya V d'Oranie d'où étaient originaires Ben Bella et Bouteflika. Les autres wilayas restaient fidèles au G.P.R.A. Aucun de ces trois hommes n'avait été associé aux discussions et aux accords d'Évian.


Fin mai à Tripoli Ben Bella imposait son programme révolutionnaire et marxiste. L'Algérie deviendrait une démocratie populaire de fondement islamique. Le 26 juin le G.P.R.A. éclatait. Le 30 l'état-major de l'Ouest était dissout et l'Algérie, à la veille de l'indépendance, était coupée en deux. Ben Bella, avant de lancer ses troupes de l'extérieur à la conquête d'Alger, décidait d'agir et d'intervenir à Oran le 5 juillet. Cette date avait été retenue pour fêter la nouvelle indépendance de l'Algérie. C'était le 5 juillet 1830 que les troupes françaises avaient, pour la première fois, pénétré en El-Djezaïr.

À Oran, l'homme de main du trio Ben Bella, Boumediene, Bouteflika, était le capitaine Bakhti, de son vrai nom Nemiche, Bakliti avait été l'un des complices de Ben Bella lors de l'attaque de la Grande Poste d'Oran en 1949. Il faisait partie de la « commission de réconciliation » instaurée !e 21 juin et qui comprenait des notables européens « libéraux », dont le premier adjoint au maire, et des musulmans engagés».


Dans les coulisses de cette commission s'agitait l'énigmatique mais sympathique et convaincant René Soyer, qui avait ses entrées dans tous les bureaux et milieux. Sa profession plus ou moins avouée de journaliste laissait sceptique. Homme de cœur souhaitait-il sincèrement éviter les affrontements entre les communautés ? « Barbouze » de haut niveau à la double mission de ne pas provoquer d'intervention de l'armée française et de faire respecter aux yeux de l'opinion internationale les accords d'Évian ? Ou peut-être encore complice d'un plan machiavélique élaboré en secret à Paris et à Oujda ? On ne le sait pas encore, les archives n'étant pas consultables.

Le 5 juillet René Soyer avait laissé sa place au Grand Hôtel à Bouteflika et avait installé ses bureaux au 7 de la rue Floréal-Mathieu dans les locaux de la recette municipale. Le préfet français Thomas avait prudemment préféré s'éclipser par Mers el-Kébir. Le nouveau préfet de la ville, Salah Abdelkader, restait introuvable, Ben Bella quittait Marnia pour Tlemcen. Le "boucher" Katz s'enfermait au Château Neuf et confirmait ses ordres de « rester neutre et n'intervenir en aucune circonstance ». La veille, les « Katiba » du Maroc, cantonnées aux portes d'Oran, avaient défilé en bon ordre et sans incidents. La « commission de réconciliation » avait décidé de maintenir la manifestation populaire prévue en centre-ville en fin de matinée du 5 juillet. On sait ce qui s'est passé ce jour-là, vers midi et jusqu'à 5 heures du soir, sans que l'armée française n'intervienne : le déferlement de hordes primitives assoiffées de sang, la chasse à tout ce qui n'était pas arabe, les enlèvements, les abattages sauvages, les disparitions d'hommes, d'enfants, de femmes surtout, dont les proches qui survivent ne font encore aujourd'hui qu'une seule prière : « Mon Dieu, faites qu'ils soient morts, vite ». Dans son livre Les oubliés de la guerre d'Algérie, Raphaël Delpard écrit: « L'apocalypse est atteinte le 5 juillet à Oran, jour de l'indépendance. Des meutes armées de femmes et d'hommes, investissent la ville vers 11 heures du matin, se ruent dans les immeubles, défoncent les portes des appartements et tuent, égorgent, éventrent tout ce qui ressemble à un Européen. Personne n'est épargné, ni les femmes, ni les enfants... Les militaires consignés dans les casernes ont reçu l'ordre de ne pas intervenir. Comment ont-ils pu vivre cette journée du 5 juillet avec les hurlements des Français que l'on assassinait et dont ils devaient entendre les appels de détresse ? »(1).

La France apprend à l'école Oradour-sur-Glane, mais ignore ce qui s'est passé à Oran le 5 juillet 1962 (2). Pendant que Katz « déjeunait », que Bouteflika et son état-major se pavanaient dans les salons du Grand Hôtel de la place de la Bastille, que les sept « Katiba « de l'A.L.N. attendaient leur heure, et que les 12 000 soldats français d'Oran-ville demeuraient, sur ordre, l'arme au pied, Oran subissait le martyre. «
Si les gens s'entre-massacrent ce sera l'affaire des nouvelles autorités »(3) avait dit le « général ». Alors pourquoi la sortie tardive, à 17 heures, des gardes rouges ? Il est impensable que Jeanneney, ambassadeur, et le général Fourquet, commandant supérieur à Alger, que le ministre des Armées Messmer, le ministre d'Etat ]oxe, chargé des « Affaires Algériennes », et De Gaulle à Paris n'aient pas été informés.

Parce qu'il y avait complot et qu'il fallait qu'il réussisse.

On a parlé d'une intervention du président Kennedy. On a dit aussi que des navires américains en mer avaient capté des messages et que leur ambassade avait été alertée. Devant les risques d'internationalisation, Katz aurait reçu l'ordre d'intervenir, mettant fin à la boucherie. Rien aujourd'hui ne permet de l'affirmer.

On sait en revanche avec certitude, et des rescapés miraculés l'ont répété, que des civils ont été « raflés », « interrogés » et « sauvés » par des musulmans en uniforme et armés. Des Français ont raconté les jours suivants avoir été prévenus la veille de ne pas sortir ou de ne pas se rendre à Oran le lendemain parce qu'il devait s'y passer des choses graves.

Pour justifier sa non-intervention, Katz a rendu l'O.A.S. responsable de tirs de provocation alors que les « Collines » avaient abandonné la ville avant le 1er juillet. Affirmation par ailleurs démentie par la simple réflexion et le témoignage de journalistes. Ils ont déclaré avoir vu des gens s'abriter sous des porches parce que soumis à des tirs venant des terrasses. Ils ont dit avoir vu des tireurs sortir de la foule et riposter, non pas vers les toits et les balcons mais en direction des sentinelles françaises en faction derrière leurs grilles. Ils ont écrit avoir assisté à des scènes de lynchage de ces tireurs arabes isolés pris pour des agents de l'O.A.S.(4)

Le 5 juillet à Oran a été la journée la plus sanglante de la guerre d'Algérie, alors que le « cessez-le-feu » était unilatéralement appliqué depuis le 19 mars. Il reste un cas unique dans le monde où une armée nationale et républicaine laisse massacrer ses compatriotes civils par des étrangers, sans intervenir.

Le 10 juillet, soit cinq jours plus tard, le capitaine Bakhti, lors d'une conférence de presse donnée dans la soirée au collège Ardaillon, attribuait les massacres d'Européens à une bande de malfaiteurs et dissidents, dirigée par un certain Attou, et repérée depuis longtemps dans les faubourgs indigènes du Petit-Lac, de Lamur et de Victor-Hugo. Encerclés le 9 par deux bataillons de l'A.L.N., Attou avait été tué et deux cents dissidents arrêtés. Ils seraient jugés. Or Attou, responsable du F.L.N.-A.L.N. avait été éliminé par l'O.A.S. plusieurs semaines auparavant. (5)
Le plan machiavélique avait réussi, Évian n'était pas remis en cause. L'ordre était rétabli à Oran. L'armée française n'était pas intervenue et le risque d'un nouveau conflit était écarté. L'Armée de libération algérienne occupait pacifiquement la ville, et par-dessus tout, Ben Bella avait les mains libres.

Oran, seule grande ville d'Algérie à population européenne majoritaire et jusque-là relativement épargnée par les exactions des fellaghas, était saignée à vif. Pendant que, dans le bled, se poursuivaient les meurtres et les enlèvements, le dernier bastion de l'Algérie française allait, deux ans durant, vivre un pitoyable et dramatique exode, dans l'indifférence souvent hostile de l'opinion publique métropolitaine.

La France, sans état d'âme et pour deux raisons avait choisi son camp, celui des extrémistes et des inconditionnels des régimes totalitaire ; marxistes. Peu importaient les Français d'Algérie,(6) les Harkis,(7) les modérés de formation occidentale du G.P.R.A, ou de l'exécutif provisoire, « il fallait en finir au plus vite », afin que «
Colombey-les-Deux-Églises ne devienne pas Colombey-les-Deux-Mosquées ». « Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans qui, demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? » déclarait le général De Gaulle à Alain Peyrefitte. Quant à l'Algérie, province française, il ajoutait: « Tant que nous ne nous en serons pas délestés nous ne pourrons rien faire dans !e monde. C'est un terrible boulet. Il faut le détacher. C'est ma mission »(8).


Deux mois plus tard, 15 millions d'anciens francs étaient versés à l'A-L.N. de Ben Bella qui donnait l'ordre à ses troupes de s'emparer d'Alger « à tout prix ». La décision de ce soutien financier et de ce choix politique avait été prise depuis longtemps « en toute sérénité ».

Un long séjour de six années dans la douce France, les missions de Bouteflika, les « visites » de Bourges, !a duplicité des gouvernants français aboutissaient enfin. Ben Bella triomphait. Il obtenait du gouvernement français d'être le seul représentant des populations algériennes, de faire éliminer toutes les autres tendances politiques, et de faire assumer par ce même gouvernement la prise en charge totale du « rapatriement » de ses nationaux.

Le 5 juillet 1962 s'inscrit comme une ligne de démarcation délibérément et honteusement tracée par la France entre sa frontière méditerranéenne et l'Algérie nouvelle. 400000 Oranais, un million de Français, quelques centaines de supplétifs l'ont franchie pour toujours et ont déferlé sur leur métropole. Ce n'était pas prévu. Ce fut la seule erreur de ce crime d'État. La France s'était trompée et nous avait menti.

En 1964 Ben Bella tentait de conforter son pouvoir personnel et de se débarrasser de la tutelle de l'A.L.N. reconstituée et menaçante. Il était pris de vitesse par les militaires et renversé dans la nuit du 18 au 19 juin 1965 par le tandem Boumediene-Bouteflika.

Demeuré seul, Boumediene déclarait le 2 juillet 1972 en dressant le bilan des dix premières années d'indépendance: "Le pays avait besoin d'une autorité, nous la lui avons donnée ».


Mais à quel prix ? (9)


1 - DELPARD (Raphaël), Les oubliés de la guerre d'Algérie, p. 129, éd. Michel Lafon, février 2003.
2 - Oradour: 642 personnes; Oran: entre 3000 et 3300. " Oradour reste le symbole de la barbarie nazie (dictionnaire Hachette).
3- PEYREFITTE (Alain), C'était De Gaulle, p. 136, en Conseil des ministres du 30 mai.
4- Paris-Match du 14 juillet 1962.
5 - MICHELETTI (Claude). fors l'honneur, éd. Curutchet 2002.
6 -  Vous écoutez ces gens crier ? Des braillards ! Crier, c'est tout ce qu'ils savent faire », déclaration au colonel Dufour, le 26 janvier 1960, citée par P. Sergent dans "Je ne regrette rien", 1974.
7- « Il faut se débarrasser sans délai de ce magma d'auxiliaires qui n'a jamais servi à rien », in Le livre blanc de l'Armée française en Algérie, ouvrage collectif, 2001.
8 -  PEYREFITTE (Alain), op. cit.
9 - A quelles hécatombes condamnerions-nous ce pays sî nous étions assez stupides et assez lâches pour l'abandonner ? », conférence de presse du chef de l'Ètat français du 26 octobre 1959.








Emmanuel Macron serait-il le Monsieur Jourdain de la repentance ?

 

par Thierry ROLANDO



« Ni excuses, ni repentance », tel fut le message délivré par l'Élysée à l'occasion de la remise du rapport Stora à Emmanuel Macron.
« La repentance est vanité, la reconnaissance est vérité. Et la vérité ce sont les actes », assène-t-on de manière péremptoire dans l'entourage présidentiel.
Sur ce point, nous pouvons être d'accord, la vérité ce sont les actes et ces actes parlent d'eux-mêmes.

Et ils nous conduisent à constater, qu'après son indigne assimilation de la présence française en Algérie à un « crime contre l'humanité », Emmanuel Macron n'aura pas été le chantre de l'équité mémorielle.

Reconnaissance de la disparition du militant communiste Maurice Audin, restitution des crânes des combattants algériens, ouverture unilatérale des archives, reconnaissance de la responsabilité de la responsabilité de la France dans la mort de l'avocat FLN Ali Boumendjel, nomination de Benjamin Stora. Une seule mémoire, une seule vision de l'histoire, telle est la démarche du chef de l'Etat, qui entend jalonner la fin de son mandat d'autres signaux identiques.

La panthéonisation de Gisèle Halimi, l'hommage aux intellectuels du FLN, la relance du musée de la repentance de Montpellier, la reconnaissance de la journée de manifestation du FLN du 17 octobre 1961, seront à n'en pas douter, les prochaines étapes de la pièce qu'il entend jouer.

Mais rassurons-nous, il n'y a nulle excuse et nulle repentance dans tout cela.

Emmanuel Macron est donc un peu comme Monsieur Jourdain dans « Le bourgeois gentilhomme" qui faisait de la prose le savoir, il fait de la repentance sans le vouloir.

Là encore, les actes parlent d'eux-mêmes et que disent-ils... qu'Emmanuel Macron, qui veut sans doute laisser son nom dans l'histoire comme « l'homme de la réconciliation avec l'Algérie », n'aura réussi finalement, en louant certaines mémoires et en en méprisant d'autres, celles des Pieds-Noirs, des harkis et de beaucoup d'anciens combattants, qu'à attiser la haine de soi et donc de notre pays, et à fracturer un peu plus une France menacée de séparatisme.

Il n'aura pas pris conscience que l'amitié entre les peuples français et algériens ne se décrète pas par une démarche unilatérale, alors même qu'il y a tant de mémoires blessées et en souffrance de part et d'autre. Il n'aura pas compris que l'équité des mémoires est la clé de cette amitié future avec l'Algérie et que ce pays doit aussi accomplir son chemin de vérité et reconnaître sa part d'ombre.

Emmanuel Macron n'aura pas saisi que la repentance est un puits sans fin et sans fond, qui ne connaît jamais d'aboutissement et qui pousse à exiger toujours plus de celui qui se repent.

Il n'aura pas, enfin, été à la hauteur de sa mission de chef de l'Etat qui doit rassembler et cimenter la Nation plutôt que d'en aviver les fractures, ce qui exige pour cela qu'il faille, comme il le proposait lui-même, regarder l'histoire en face, mais bien toute l'histoire. Monsieur le Président, pour frayer le chemin de l'avenir.


Thierry Rolando

Président national du Cercle algértaniste







Le 19 mars,

la culpabilisation et la conquête des esprits

par Evelyne Joyaux



« Par la menace implicite qu’elle exerce et la peur qu’elle suscite, la culpabilisation permet au manipulateur d’obtenir des concessions.

Alexandre Del Valle

« L’homme qui se sent coupable perd en même temps son efficacité et le sens de son combat. Convaincre l’homme que, sinon lui-même, du moins ceux qui sont de son côté commettent des actes immoraux, injustes, c’est amener la désintégration du groupe auquel il appartient.

Roger Mucchielli - La Subversion




Sous la Présidence de Jacques Chirac, une loi votée en 2005 a fixé au 5 décembre de chaque année l’hommage aux Morts pour la France en Algérie. Pour le Chef de l’Etat cette date correspondait à l’anniversaire de l’inauguration du Mémorial édifié à leur mémoire, en 2002, quai Branly, à Paris. Elle ne se rattachait donc à aucun évènement politique ou à aucune tragédie spécifique dont le choix, ou l’interprétation, auraient été susceptibles de diviser les Français.

En 2020, le Président Macron a mis en marche le processus inverse. Il a réactivé les anciennes fractures en désignant M Stora, figure emblématique de l’histoire militante, pour le conseiller dans la sélection de nouveaux repères relatifs à notre histoire en Algérie. Avant même de lire le rapport rédigé par ce dernier, nous savions que la commémoration du 19 mars, date du « Cessez-le-feu » et des Accords d’Evian, ferait partie de ses propositions. C’est en effet la première citée, sans qu’il soit fait référence aux causes de l’opposition qu’elle a toujours suscitée. Par contre, quelques jours avant la 19 mars 2021, l’accusation portée par le Président de la République française contre son armée pour l’exécution d’un avocat du FLN, lors de la Bataille d’Alger en 1957, était imprévue.

Nous n’avons pas appris que M. Macron attendait une démarche semblable de la part de l’Algérie concernant l’assassinat des enfants d’El-Halia, les victimes des bombes du Milk-Bar ou du Casino de la Corniche, pour ne citer qu’eux. La commémoration du 19 mars est devenue une arme politique. Elle ne l’était pas après 1962 comme le déclarait devant l’Assemblée Nationale le député du Tarn Jacques Limouzy : «Personne, -je dis bien personne, n’aurait alors songé à illustrer d’une manière particulière ce 19 mars». Il ajoutait que le nouveau Premier ministre d’alors, Georges Pompidou, avait fait deux déclarations devant cette même Assemblée pour l’alerter sur «…toutes sortes d’exactions, d’internements arbitraires, de rapts, de massacres, et notamment de Harkis bientôt impossibles à chiffrer». On établira plus tard qu’ils firent beaucoup plus de victimes que celles dénombrées depuis le 1er novembre 1954. De Valéry Giscard d’Estaing à Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, les Présidents successifs ont tous écarté l’idée d’une « célébration » du 19 mars. On est donc en droit de s’interroger sur l’objectif de ceux qui reviennent sans cesse à la charge pour l’obtenir. Avec sa subtilité habituelle le Président François Mitterrand ne nous indique-t-il pas qu’il faut en chercher les raisons lorsqu’il déclare: «S’il s’agit de décider qu’une date doit être officialisée pour célébrer le souvenir des victimes de la guerre d’Algérie, cela ne peut pas être le 19 mars». En effet, s’il s’agit d’autre chose que du souvenir des victimes, de quoi cette date doit-elle devenir le symbole ? Le Parti communiste nous éclaire sur ce sujet. Dans sa proposition de loi du 7 juillet 1998, il cite les raisons qu’il a de vouloir officialiser le 19 mars. Après avoir invoqué l’hommage aux souffrances endurées par les combattants, le texte précise : «…cette mesure aurait une autre conséquence importante. Elle favoriserait la reconnaissance du caractère de guerre des opérations menées par la France en Algérie, au Maroc et en Tunisie. »…L’essentiel vient à la fin : « En aidant à reconnaître que la France s’est engagée entre 1952 et 1962 dans une véritable guerre qui ne peut être oubliée, la reconnaissance du 19 mars créerait les conditions d’une meilleure compréhension de la nocivité du colonialisme et du mépris voué aux peuples en lutte pour leur liberté. » (Cf texte intégral de la proposition de loi, en annexe). Soulignons que la proposition de loi du PC plaçait, à dessein, la Tunisie et le Maroc, qui étaient des protectorats récents, sur le même plan que la Régence d’Alger conquise par la France sur les Turcs en 1830. Ce territoire nommé officiellement «Algérie», par ordonnance royale du 15 avril 1845, allait donner naissance à des départements qui, en 1962, étaient donc plus anciennement français que Nice et la Savoie.

Le concept de guerre d’Algérie

Dès les attentats du 1er novembre 1954, les « intellectuels » français voulurent imposer le concept de « guerre d’Algérie » ; une manœuvre dont le Gouverneur Général Jacques Soustelle eut très vite pleinement conscience et dont il comprit les implications. En 1955 il répondit aux signataires du « Manifeste contre la guerre d’Algérie » : « On commence par poser en principe qu’il y a une guerre en Algérie…. Un état d’insécurité sporadique et variable, des attentats individuels, des embuscades, des incendies, est-ce la guerre ? Sans doute dira-t-on, c’est une question de définition. Mais dans ce cas, le seul fait d’appeler « guerre » ce qui se produit en Algérie est déjà un geste et un choix. …. Il y a donc là dès le début et sur le point le plus important, une équivoque, -involontaire ?- qui consiste en ceci, que l’on baptise arbitrairement « guerre » un état de chose très particulier, et qu’instantanément le mot est pris dans son sens plein et habituel, avec tout le cortège d’images qu’il évoque. Ce tour de passe-passe est évidemment destiné à créer un complexe de culpabilité. » (Cf. le texte intégral de la lettre de Jacques Soustelle aux intellectuels, en annexe).
Aujourd’hui, si l’on prétendait que la France est « en guerre » contre une partie de son territoire parce que des attentats y sont commis, cela ne reviendrait-il pas à anticiper une séparation possible ? En effet une « guerre » reconnaît l’existence de deux « forces » clairement identifiées ; une ingérence internationale n’est plus à exclure. Dès 1955 Jacques Soustelle savait que le choix de ce mot par les signataires du Manifeste n’était pas anodin. Impropre à l’époque, il donnait pourtant un cadre et un début de réalisa on à l’idée de séparation. Ce n’est qu’en 1999, soit 37 ans après l’indépendance, que le concept de « Guerre d’Algérie » finira par être imposé. Ce que Robert Bret, sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, commente ainsi : «En 1999 le parlement français unanime votait une loi reconnaissant l’état de guerre en Algérie ; rétablissant ainsi la vérité historique en même temps que l’honneur des combattants. La nation rendant ainsi sa dignité au citoyen combattant…»
Mais bien avant cela, dans l’opinion publique française, l’expression « la Guerre sans nom » était devenue familière. Le cinéma, la presse, l’édition s’y étaient employés. Aujourd’hui elle est encore utilisée dans le but de dénoncer le refus de la France de reconnaître les faits, de minimiser sa violence ; elle l’est surtout dans le but de l’établir définitivement comme puissance occupante de l’Algérie. Mais si tel est le cas comment nommer les Harkis, d’ailleurs bien plus nombreux au sein de l’Armée Française que ceux qui la combattaient ? Comment nommer les porteurs de valise ?

La Guerre et la Paix
Ceux qui, soixante après notre exode, veulent toujours officialiser le 19 mars peinent à le justifier par « le Cessez-le-feu » lorsqu’on est en mesure de leur rappeler que ce cessez-le-feu fut immédiatement suivi par la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars à Alger, par la multiplication des assassinats et des enlèvements, par le massacre du 5 juillet à Oran et par celui des Harkis restés fidèles à la France. Des dizaines de milliers de personnes tuées ou enlevées qui avaient en commun d’avoir été abandonnées à leur sort par la France. Ce que le député Yves Fromion rappelle avec force : « Mme la rapporteure a affirmé lors du débat (le 15 janvier 2002) que cette « guerre » est difficile à comprendre tant elle semble prendre en défaut les valeurs de la République. » Peut-être a-t-elle raison ; mais alors pourquoi la République imposerait-elle aux principales victimes de ses propres errements d’être à jamais, le 19 mars, cités à la barre du tribunal de l’histoire ? Pourquoi le devoir de mémoire devrait-il se nourrir d’une injustifiable humiliation de nos armées chaque 19 mars ? Pourquoi impliquerait-il d’infliger des violences supplémentaires aux harkis et à leurs familles qu’on condamnerait en quelque sorte à se souvenir que le 19 mars, les combattants de l’ALN, qui allaient devenir leurs bourreaux, furent autorisés à rentrer sur le sol algérien, d’où l’armée française les avait écartés ? Pourquoi trouverait-il une légitimité particulière dans le fait d’imposer à nos concitoyens Pieds-noirs cette date, la seule qu’ils ne peuvent accepter ? Pourquoi la République devrait-elle trouver des victimes expiatoires, pourquoi cet acharnement ?
On a tenté de nous expliquer que le 19 mars s’apparentait au 11 novembre et au 8 mai : comment peut-on occulter qu’il y a eu en Algérie après le cessez-le-feu trois ou quatre fois plus de morts dans les effectifs combattants que pendant la période des hostilités ? Comment Mme la rapporteure peut-elle parler à propos du 19 mars de «victoire de la raison sur la folie meurtrière ?»….. (Cf. l’interview du Ministre Pierre Pasquini et la déclaration du député Guy Teissier, en annexe) 60 ans après l’exode des Français d’Algérie qui ne sont sans doute plus qu’une poignée à vivre sur leur terre d’origine, et de moins en moins nombreux en France, nous pourrions nous étonner de débattre encore de ces sujets.
C’est sans doute que nous n’en avons pas fini avec la guerre, avec celle qui fait de la culpabilisation une arme actuelle de conquête des esprits. " La plus dangereuse des invasions l’invasion de la vie intérieure, est infiniment plus dangereuse pour un peuple qu’une occupation territoriale." Ch. Péguy. (Cf. le timbre de la victoire édité en Algérie, en annexe).


Evelyne Joyaux
présidente du cercle algérianiste d'Aix en Provence


DOCUMENTS ANNEXES


[pdf] PROPOSITION DE LOI DU 7 JUILLET 1998 DU PARTI COMMUNISTE

[pdf] LETTRE DE JACQUES SOUSTELLE AUX INTELLECTUELS

[pdf] INTERVIEW DE PIERRE PASQUINI

[pdf] DISCOURS DU DÉPUTÉ GUY TEISSIER

[pdf] LE TIMBRE DE LA VICTOIRE EN ALGÉRIE

[pdf] CHRONOLOGIE AUTOUR DU 19 MARS

[pdf] CONFÉRENCE DE PRESSE DE FRANÇOIS MITTERRAND DU 24 SEPTEMBRE 1981
Extrait relatif au 19 mars

SUR LCI, THIERRY ROLANDO, Président du Cercle Algérianiste National







Crier la vérité !

par Pierre GOINARD



NOUS qui restons des témoins du passé de la France en Algérie ne pouvons tolérer plus longtemps les stupéfiantes contre-vérités, les honteux silences qui se perpétuent, dont on ne mesure pas assez les malfaisances présentes.

Arme d'un fanatisme idéologique dont, durant la guerre d'Algérie, nous avons été les victimes sans défense, ou seulement transfert de responsabilités gênantes sur une innocente communauté, la désinformation dont la puissance a été décuplée par les moyens de communication modernes, à une époque malheureusement pour nous décisive, a pénétré les esprits au point que, sans soulever aucune réprobation, le cheikh Abbas, recteur algérien de la Grande Mosquée de Paris, y recevant Jules Roy lors de la fête de l'Aïd en 1986, a pu faire l'éloge de son invité en ces termes : Un homme de sa qualité lavait de tout : de la faim (1), de l'ignorance, du mépris et du saccage commis par la colonisation... Il était un de ces biens que les pires des maux portent malgré tout en eux. (Compte rendu in Algérie Information, mai 1986.)

Quelle tristesse de constater cette intoxication non seulement chez de jeunes musulmans transplantés ou non, mais, pire encore, chez des Français d'Algérie qui ont quitté depuis leur enfance leur terre natale, ou des militaires y ayant ardemment défendu la présence française !

Même parmi nous, les plus fidèles à leur chère province ne pêchent-ils pas par ignorance ? Bien des fois des lecteurs de mon ouvrage m'ont avoué : « Nous ne savions pas... »

Quant à un passé plus lointain il n'est pas facile de se replacer dans le contexte et les mentalités d'un temps révolu. Combien perfides les citations isolées qu'un choix partisan va picorer dans les archives : nous en avons eu des exemples dans une émission télévisée récente intitulée « Droit de réponse »... par antiphrase.

«EN PARTANT NOUS N'AVONS RIEN LAISSE...»

Ainsi divague Alain Vircondelet, ayant quitté à neuf ans Alger sa ville natale (2). Tout d'abord a-t-il jamais su que nous avons laissé une entité géographique réalisée pour la première fois dans l'histoire par nos ancêtres et qui leur doit jusqu'à son nom ? La Berbérie n'était en rien une nation, mais une mosaïque de tribus constamment en guerre entre elles. Ce sont souvent leurs divisions qui, par un appel aux troupes françaises, ont entraîné celles-ci plus avant.

Abd El-Kader lui même, auquel nous avions concédé un véritable protectorat sur l'Ouest algérien, lorsque ses ambitions s'étendirent vers l'Est, se heurta aux Kabyles et, vers le Sud, à la puissante confrérie Tidjaniya ; impossible à cet homme, si exceptionnel cependant, de parvenir à unifier ces provinces disparates en un royaume.

Moins encore eût-il pu y ajouter l'énorme part du Sahara, étrangère au Maghreb, en empiétant largement sur l'hinterland de la Tunisie et surtout du Maroc. Nul autre que le « colonialisme » n'a délimité artificiellement sur le Sahara une superficie de 2.381.000 km2, décuplant celle de la Berbérie, faisant de l'Algérie actuelle le dixième pays du monde par l'étendue et l'un des plus richement pourvus de trésors cachés sous les déserts.

On oublie aussi l'état dans lequel ont été trouvés les pays barbaresques en 1830. Les environs d'EI Djezaïr, le petit paradis rencontré près de Bougie par Saint-Arnaud, cité à l'émission de M. Polac, n'étaient que des îlots très sporadiques. Sur cet étroit territoire entre mer et désert, l'eau du ciel reste à la limite des cultures vivrières dans sa moitié occidentale. Partout si capricieuse, que le sol était ravagé tantôt par des inondations, tantôt par de longues sécheresses.

Grenier de Rome, ce territoire le fut très partiellement et, depuis lors, l'avaient dévasté les guerres intestines et les invasions de l'ouest et de l'est, en particulier les Bédouins refoulés d'Egypte au XIe siècle « détruisant tout sur leur passage, les forêts, les campagnes et les villes. Tout pays possédé par les Arabes est ruiné », écrivait au XIVème siècle Ibn-Khaldoun, le grand historien tunisien  et, pour finir, trois siècles d'occupation turque.

En même temps que la France « rendait sa liberté aux mers », elle délivrait à El Djezaïr les Maures brimés, les juifs humiliés, surimposés, exposés à être brûlés vifs, les captifs chrétiens — otages de l'époque — en esclavage, dans le bled les populations soumises à de lourdes charges sans contrepartie et, si elles s'y dérobaient, à de monstrueuses razzias. Seuls résistaient des Berbères dans leurs montagnes dissidentes, fiers de leur indépendance tribale.

Cette paix française, une fois chèrement acquise, après cent trente-deux années d'efforts acharnés, des militaires d'abord, puis des civils, nous avons laissé en toute gratuité — oui, Monsieur Vircondelet — de grandes belles villes et 700 villages, des logements privés pour un million de personnes, souvent tout meublés, 54 000 kilomètres de routes, 4500 de voies ferrées, 23 ports dont 3 parmi les français les plus actifs, 23 aéroports (celui d'Alger était le deuxième de France), des barrages irriguant 200 000 hectares, une agriculture moderne, quatrième productrice viticole au monde, première exportatrice des mandarines et clémentines, des industries, agro-alimentaire, bâtiment, engrais chimiques, tabac, papier, etc., une production électrique d'autant plus méritoire qu'elle avait paradoxalement, pour un tiers, une origine hydraulique, un réseau d'équipements sportifs et hôteliers de niveau européen...

L'Algérie était devenue premier client et premier fournisseur de la France.

Or, pendant très longtemps, les autochtones étaient demeurés en dehors des travaux des pionniers dans les villes et les campagnes.

A une mise en valeur aussi exceptionnelle allaient s'ajouter les forages du Sahara, auxquels leur participation fut minoritaire et subalterne, 1 milliard de tonnes de réserves de pétrole, 3.500 milliards de mètres cubes de gaz, assurant jusqu'au XXIe siècle la vie et la richesse des Algériens. Au moment où la France pouvait être dédommagée enfin de ce que lui avait coûté l'Algérie, elle en a fait abandon.

Ce trésor, nous l'avons aussi laissé, Monsieur Vircondelet.

Sans parler de tout ce que nous avons donné de nous-mêmes, sans distinction de personnes, à ce pays qui était aussi le nôtre, où nous n'avons pas laissé que des biens matériels.

UN GÉNOCIDE ?

C'est le terme ridicule et odieux qu'a prononcé, à l'émission déjà citée et « pesant ses mots » Daniel Leconte, né à Oran en 1949 d'où il est parti pour Paris en 1957, répétant ce qu'il avait écrit quelques années auparavant (3).

Nulle guerre n'est humanitaire. La suppression cruelle d'un réduit de résistance ou la tactique de la terre brûlée (souvent le fait de tribus antagonistes parmi lesquelles nos alliées), si atroces qu'elles fussent, ne sont-elles pas sans commune mesure avec les horreurs et les massacres des conflits modernes ?

Mais génocide signifie, que je sache, extermination délibérée de toute une population, comme celle des aborigènes en Amérique (hormis quelques réserves) ou en Australie. On pourra exhiber, datant de cette époque, des propos outranciers de cette espèce, mais sont-ils passés dans les faits ? Là est l'essentiel.



 Accroissement des                populations en Algérie

Accroissement des populations indigène et européenne d'Algérie

1 : Grande famine 1866-1868. - 2 : Première Guerre mondiale. - 3 : Seconde Guerre mondiale.


Or, loin d'avoir disparu, la population musulmane autochtone a quadruplé entre1872 et 1954, passant de 2 125 000 à 8 400 000; cet accroisssement démographique a précédé de plusieurs générations celui du Tiers-Monde, dont on situe le début seulement autour de 1945.

Certes, la suppression des guérillas locales et des famines y a contribué, mais plus encore les médecins qui se sont consacrés à préserver les santés et les vies des « colonisés ». Si brillantes au Moyen Age, les médecines arabe et juive avaient disparu de la régence où n'existait plus, en 1830, un seul hôpital.

Dès les premiers combats de Sidi-Ferruch les chirurgiens militaires offrirent leurs soins aux musulmans blessés. Par la suite, les 38 grands hôpitaux militaires édifiés en quinze ans s'ouvrirent aux autochtones. Se retirant peu à peu devant les médecins civils, les militaires continuèrent à assumer la santé publique des Territoires du sud et du Sahara. Ils contribuèrent grandement à combattre le paludisme grâce à la quinine instaurée par un des leurs, Maillot, en 1834 à Bône et, plus tard, la découverte à Constantine, par Laveran, de son agent pathogène, l'hématozoaire.

Les indigènes ont bénéficié à égalité, sans apartheid, de toute l'organisation médicale française : centre hospitalo-universitaire d'Alger, l'un des premiers de France, 30 000 lits d'hôpitaux en 1959 (programmés 48 000 pour 1964), Institut Pasteur d'Alger dirigé par les célèbres frères Sergent (nés dans le Constantinois) et un corps médical peut-être unique au monde, les « médecins de colonisation ».

Loin de tout et de tous parmi des populations d'abord réticentes, puis confiantes et d'une touchante reconnaissance, secondés plus tard par de remarquables infirmiers indigènes puis des « infirmières-visiteuses coloniales » européennes, disposant à la fin de 76 hôpitaux auxiliaires de 34 lits dans leurs 273 circonscriptions couvrant les 9/10 du pays, ils avaient à soigner près des deux tiers de la population.

Ainsi les épidémies avaient peu à peu disparu ainsi que des maladies comme la variole, la mortalité infantile régressé, les accouchements dramatiques étaient secourus. Et quand, a partir de 1940, se répandit une terrible endémie tuberculeuse qui menaça réellement les autochtones d'un génocide, elle fut jugulée en quelques années grâce à une coûteuse organisation hospitalière et médicamenteuse, dans l'effort de tous.

On ne saurait insister assez sur l'altruisme désintéressé avec lequel se sont dépensés sans compter les soignants, non sans lourds sacrifices. Des centaines de religieuses, dont les premières débarquant peu après 1830, avaient donné l'exemple de l'abnégation ; dans l'intérieur du pays plusieurs hôpitaux pour les indigènes avaient été fondés par le cardinal Lavigerie. A tous les échelons les équipes franco-indigènes constituaient des unités modèles.

Seule ombre au tableau : le petit nombre de médecins musulmans. Ce n'était pas faute d'incitations et d'encouragements : dès 1833 le célèbre médecin militaire Baudens avait ouvert pour les Maures et les juifs des cours à l'hôpital installé dans les jardins du dey. A la différence de ceux-ci, qui devinrent proportionnellement plus nombreux dans la profession que les Européens de souche, les musulmans s'avéraient plus attirés par d'autres carrières libérales, mais surtout pâtissaient d'un décalage dû à la résistance prolongée des familles, sur laquelle nous reviendrons, à rencontre de l'enseignement français.

Aujourd'hui :

« Du temps des Français (propos d'un employé d'hôpital en Kabylie à l'étudiant stagiaire anglais) c'était un hôpital et un vrai... Ah ! c'était le bon temps ! » (lan Young), Scènes de la vie privée de l'Islam, Alain Moreau, édit. 1979.

« On dit souvent qu'il faut soigner d'abord nos hôpitaux, ensuite les malades qu'ils accueillent... Il y a même des médecins et des professeurs qui ont tout bonnement estimé ne plus pouvoir exercer leur métier dans les centres hospitaliers comme celui de Mustapha-Pacha, tant les conditions d'hygiène y sont devenues intolérables. » (L'hôpital, ce grand malade, Algérie-Actualité, 28 octobre 1986.)

LES COLONS ENRICHIS PAR LA SPOLIATION DES TERRES ET L'EXPLOITATION DES INDIGENES ?

« Fortunes impures... » (J. Chaban-Delmas); « Le colonat avait dépossédé la paysannerie algérienne de ses terres » (livre d'histoire de terminale, Nathan édit.); « Les gros colons qui ont fait suer le burnous... Le gros colonat profiteur, l'ennemi plus encore que le F.L.N. n'est-il pas, en majeure partie, responsable de bien des maux ? » (Pierre Montagnon, officier, défenseur acharné de l'Algérie française), La Guerre d'Algérie. Pygmalion édit., 1984.

Pour en finir avec cette tenace légende, il est nécessaire de bien savoir qu'en 1830 les structures foncières du pays, ainsi que le travail de la terre, étaient très différents de l'Europe, et d'entrer dans des précisions un peu arides, si schématiques soient-elles.

Le pouvoir occupant et des notables turcs détenaient un fonds considérable, cependant des seigneurs autochtones possédaient de vastes domaines, confiés généralement à des métayers au cinquième (khammès). Par ailleurs, des legs religieux constituaient les biens dits «habous», inaliénables.

Et des surfaces étendues restaient en friche.

Après 1830 les terres turques furent dévolues aux Domaines. Il s'écoula peu d'années pour que les biens habous le soient aussi. Avec, en compensation, prise en charge par l'Etat des dépenses du culte : locaux et personnel de 442 mosquées au début de notre siècle, auxquelles s'étaient ajoutées 20 nouvellement construites.

Selon l'usage du temps, furent confisquées des terres de tribus rebelles coupables d'exactions réitérées en Mitidja, et surtout après la grande révolte de 1871 en Kabylie. Une partie sera par la suite rétrocédée ou rachetée.

Au total plus de 2 millions d'hectares revinrent aux Domaines.

A mentionner également des remembrements cadastraux autour des centres de colonisation, qui n'allèrent pas sans des réductions de superficie, compensées par des aménagements d'hydraulique ou de voies d'accès.

En revanche, à la fin du Second Empire, furent déclarées légalement propriétaires les tribus ayant jouissance traditionnelle de terres. Plus près de nous, des surfaces cultivables nouvelles s'ajoutaient grâce à la restauration des sols en pente (100 000 hectares en 1954, 1 million escompté en quinze ans), et par les forages sahariens, comme à Ouargla.

Sur les terres en sa possession l'Etat vendit ou, selon les époques, céda gratuitement des concessions aux colons français, très exiguës d'abord puis des surfaces plus importantes, ainsi que, surtout au Second Empire, et le plus souvent à des sociétés capitalistes, de très vastes étendues moyennant de lourdes charges pour le bénéficiaire, telle la construction du chemin de fer de l'alfa.

Par ailleurs des colons achetaient de gré à gré, mais freinés jusqu'en 1871 par l'autorité militaire ne les y autorisant qu'en territoire civil, lequel représentait alors le vingtième du pays. C'est après l'avènement de la République que, en voulant appliquer la règle française « nul n'est tenu de rester dans l'indivision », la « loi Warnier » porta le plus grave préjudice à la propriété familiale indigène, dont un quart passa en d'autres mains, pas toujours européennes. Emus par les conséquences désastreuses pour les autochtones, ce furent les colons eux-mêmes qui obtinrent, au bout de quelques années, l'abrogation de cette loi.

Répétons, d'autre part, que l'éthique musulmane se trouvait très éloignée des mentalités et des méthodes du cultivateur européen chez ces populations plus pastorales que sédentaires, paisiblement abandonnées à la volonté divine : aucun souci d'améliorer le rendement, les façons de culture ancestrales, un réel mépris pour le travail de la terre, confié si possible aux femmes ou à des khammès en quasi-servage.

Deux phases de la colonisation sont à distinguer : d'abord celle des pionniers aux souffrances indicibles, à l'effrayante mortalité, aux ruines sans nombre, dans les plaines marécageuses de la Mitidja ou de Bône, les maquis sahéliens de palmiers nains et de lentisques, les étendues arides d'Oranie. Ce ne sont pas les autochtones qui ont drainé, défriché, irrigué, planté, mais l'armée puis des concessionnaires français, souvent impréparés à de telles tâches, de rudes travailleurs espagnols, italiens et aussi des allemands et d'autres européens «émigrés de la misère». Par leur labeur héroïque les terres les plus abandonnées devinrent les plus fécondes.

Seconde phase : celle des cultures plus rémunératrices et raffinées requérant une main-d'œuvre abondante, la vigne puis les agrumes, les primeurs, assurant une certaine prospérité dont ont bénéficié les indigènes, se décidant à proposer leurs bras. Il fallut leur en apprendre les techniques et si leurs salaires n'ont pu atteindre d'emblée ceux des ouvriers européens, ils ont permis à de très nombreuses familles de vivre : un million et demi pour le seul vignoble, lequel employait dix fois plus de travailleurs que les céréales. Plutôt que de vilipender des colons prétendument enrichis en affamant les indigènes, il est plus juste de renverser la proposition : peu nombreux à faire fortune, ils ont assuré l'existence de beaucoup.

Au surplus, nombre d'entre eux y ajoutaient, en faveur de leurs ouvriers, des réalisations sociales peu habituelles à l'époque chez les propriétaires terriens d'Europe. Mais voici ce que rapportent d'une visite à l'ancien domaine d'Henri Borgeaud (1 200 hectares anciennement défrichés par les Trappistes), présenté comme type du gros colonat, les jeunes « Beurs » se rendant en Algérie pour un volontariat civil de quelques semaines : « Borgeaud, un colon qui avait établi un empire; les gars qui travaillaient là étaient comme des esclaves ; il avait sa propre monnaie. » (Dr Nacer Kettane, fondateur-directeur de Radio-Beur, Le sourire de Brahim, Denoël édit., 1985).

Probablement s'agissait-il de jetons donnant accès à la cantine scolaire ou à quelque autre réalisation ? Mais le Dr Nacer Kettane a l'honnêteté d'évoquer le sort d'ouvriers insatisfaits dans une coopérative agricole nouvelle... Lentement les rendements des céréales s'amendaient ; les surfaces des autochtones étaient passées d'un million d'hectares en 1850 à deux millions et demi en 1954 et de nouveaux pionniers européens étendaient le blé à des zones plus aléatoires comme le Sersou.

L'agriculture algérienne devenait très scientifique grâce à un institut agricole à Maison-Carrée en liaison avec l'Institut Pasteur, deux écoles régionales, sept écoles pratiques, qui réuniront en 1960 2 600 élèves dont 1 800 musulmans, alors que ceux-ci les avaient longtemps boudées.

En 1954 les Européens possédaient 2 750 000 hectares dont 600 000 de cultures dites riches, les indigènes 10 millions dont 4 250 000 arables. Parmi ces derniers, plus nombreux étaient les propriétaires de plus de cent hectares (8496) que les Européens (6587) et 8 000 Européens possédaient moins de 10 hectares...

Loin d'être spoliée l'agriculture indigène avait bénéficié de multiples encouragements. Mais toutes les tentatives de colonisation par les fellahs eux-mêmes s'étaient autrefois soldées par des échecs. Cependant, depuis 1880, les « sociétés de prévoyance » avaient peu à peu modifié l'esprit des cultivateurs. Coopératives et mutuelles, par lesquelles avait été transformée la situation des colons européens, les accueillaient eux aussi de plus en plus nombreux. A partir de 1936, une politique de paysanat fut mise en œuvre; dix ans plus tard des secteurs d'amélioration rurale assumaient le reclassement, la mécanisation de petits possédants qu'encadraient des conseillers techniques formés au séminaire de Rovigo, 150 en 1959, 1050 prévus en 1962. Ce n'étaient pas moins de 2 millions d'hectares qui entamaient leur transformation : une véritable réforme agraire.

Dans les dernières décennies les colons commençaient à céder la place aux indigènes, surtout dans le Constantinois et les vallées kabyles. Dès 1937 les achats de ceux-ci l'emportaient sur ceux des Européens : de 100 000 hectares au cours de 1954. Progressivement ils s'élevaient de degré en degré dans les domaines aux fonctions auxquelles les Européens les avaient initiés. Aujourd'hui, l'Algérie doit acheter trois fois plus de céréales qu'elle n'en produit, bien que deux tiers du vignoble aient été arrachés.

« Comment se fait-il que le colon français ait été capable de tirer 40 quintaux d'une parcelle de terre alors que toi tu n'en tires que 10 ? Serais-tu un quart d'homme ? », AlShaab, 8 juin 1956.

NUIT COLONIALE, GRISAILLE INTELLECTUELLE !

«La France n'a su ni voulu imposer l'enseignement obligatoire», P. Montagnon, op. cit. « Avant 1962 seulement 2 % des enfants musulmans apprenaient le français. », Pierre Branche, le Figaro, 15 octobre 1986.

Dans la Berbérie de 1830, seul existait un enseignement religieux, uniquement pour les garçons, en de nombreuses écoles coraniques, approfondi par quelques-uns dans des médersas ou des confréries (zaouias). En 1847, le duc d'Aumale, alors gouverneur, demanda vainement aux « tolbas » d'élargir leur enseignement à des connaissances profanes. Des écoles arabes-françaises furent alors ouvertes avec un certain succès : Coran le matin, et, l'après-midi, des matières de base en français.

Dans le même temps, des initiatives de dames françaises, puis de religieuses, s'efforcèrent d'attirer des fillettes musulmanes dans des ouvroirs, glissant à la faveur de travaux artisanaux quelques rudiments d'instruction, peu souhaités par les pères. La IIIe République voulut, en ses visées assimilatrices, uniformiser l'enseignement des garçons dans ses écoles primaires ; il y eut un recul des familles redoutant un détournement de leur éthique traditionnelle. Par contre, en Kabylie, des Jésuites, auxquels succédèrent des Pères Blancs et des Sœurs Blanches du cardinal Lavigerie, fondèrent avec succès des écoles adaptées. Elles inspirèrent les « écoles ministérielles » instaurées elles aussi en Kabylie, par Jules Ferry en 1881.

Alors commença une geste, comparable à celle des médecins de colonisation. A partir de 1891, à l'Ecole normale d'instituteurs de Bouzaréa, une « section spéciale » prépara à l'enseignement des enfants indigènes : en 1937 1 200 sectionnaires avaient été ainsi formés. Dans le même temps, des élèves-instituteurs kabyles étaient fraternellement admis, suivant la filière normale — près de 1 000 déjà en 1937.

Ces enseignants du bled accomplirent leur tâche avec une abnégation de missionnaires, dans de très rudes conditions matérielles et morales, ayant à convaincre des parents longtemps hostiles. Peu à peu ils devinrent tout à la fois, selon les termes d'un recteur, « instituteurs, infirmiers, agriculteurs, écrivains publics, guides et conseillers d'une population qui les a vénérés comme des saints ». Leur plus belle récompense était la reconnaissance de leurs écoliers, à nombre desquels ils insuffleront leur propre vocation.

Après une longue incubation, sans doute aussi à la faveur de la guerre de 1914-1918, durant laquelle soldats et ouvriers partis dans la métropole s'étaient familiarisés avec une civilisation farouchement récusée jusque-là, un retournement se faisait sentir. Il devint une ruée, des garçons et, avec un retard de quelques années des filles elles-mêmes. Dès lors s'engagea une course poursuite entre la marée démographique et la construction d'écoles, le recrutement d'enseignants. En 1960, 39,2 % des enfants musulmans étaient scolarisés (et non pas 2 %, Monsieur Branche, qui n'avez retenu que la décimale) sur les mêmes bancs que les petits Européens; non sans évidemment de grandes inégalités régionales : à Alger, Oran, près des trois quarts; dans l'intérieur du pays entre 40 et 15 %. Qu'on se représente les difficultés dans des douars reculés ou chez les grands nomades du Sud : il y eut même des écoles sous tentes !

La guerre d'Algérie, malgré la destruction de nombreux locaux, n'avait pas ralenti cette expansion, en partie grâce aux militaires des S.A.S. et aussi à des innovations originales comme les centres éducatifs. Ainsi Akbou, en pleine Kabylie, comptait 50 % d'enfants scolarisés en 1961. Désormais les filles aspiraient, non plus seulement à un enseignement ménager ou artisanal, mais à une formation professionnelle ou intellectuelle moderne ; une section féminine d'adaptation de l'enseignement fut mise sur pied dès 1949.

Pour les garçons était créé un enseignement technique ; il ne leur inspira guère d'attrait, considérant que l'instruction devait les mener à des carrières plus intellectuelles. Mais le long refus avait retardé de près de cent ans, si l'on compare à leurs contemporains israélites, leur ascension massive à l'enseignement secondaire et supérieur. Cependant le décalage allait se rattraper : effectivement le nombre des étudiants musulmans tripla en 1943 et 1955.

Complétant les possibilités offertes, les trois médersas créées en 1850 s'étaient ouvertes à une scolarisation partiellement française, pour aboutir en 1951 à leur transformation en lycées franco-musulmans, un établissement y étant ajouté pour les filles.

Leur accession à toutes les carrières est illustrée par un palmarès des originaires de Laghouat établi en 1950 : un avocat parisien, un interne des hôpitaux de Paris, cinq professeurs de lycée, deux professeurs de médersa, un directeur de médersa en Mauritanie, seize instituteurs, un imprimeur-éditeur à Alger, quinze officiers dont trois supérieurs, trois interprètes au Maroc. Au moins aussi féconde avait été la Kabylie. Parmi vingt-huit ingénieurs, l'un des deux polytechniciens, Salah Bouakouir atteignit le sommet de la hiérarchie administrative, directeur du Commerce, de l'Energie et de l'Industrie en 1954, secrétaire général adjoint pour les Affaires économiques en 1960.

Parallèlement, l'Algérie a suscité un véritable bouillonnement intellectuel et artistique. Comme l'avait prédit Ernest Renan, « l'exploration scientifique de l'Algérie sera l'un des titres de gloire de la France au XIXe siècle ». Chacun de ses chapitres s'orne de noms devenus célèbres : géographes et géologues, préhistoriens et historiens, archéologues romains et berbères (pas moins de douze musées d'archéologie à travers l'Algérie !), ethnologues, islamologues, arabisants, berbérisants... Le Gouvernement général donnait l'exemple, publiant au fil des années : Exploration scientifique de l'Algérie, 40 volumes. Collection du Centenaire, 37 volumes, Documents algériens, 300 plaquettes.

Douze sociétés savantes œuvraient de concert avec la Revue africaine qui publia durant cent six ans 500 pages annuelles. L'Université d'Alger, seconde de France, ajoutait aux chaires habituelles des enseignements et treize instituts concernant l'Algérie, l'Islam, le Sahara. Des musulmans lui apportaient leur concours, les Bencheneb, les Ben Sedirah, les Soualah, etc.

Et la Bibliothèque nationale, transférée en 1959 de son délicieux et inconfortable palais mauresque en un édifice admirable à tous égards, au centre de la capitale algérienne, alimentait par bibliobus 310 bibliothèques disséminées dans le pays.

Une presse très développée, des maisons d'édition fort actives (Jourdan, plus tard Baconnier, entre autres), des conservatoires à Alger, Oran, Constantine, faisaient une place aux musiques locales, une société férue de musique, visitée par les plus grands artistes, une architecture néo-mauresque aux intéressantes réalisations, constituaient un ensemble peu commun.

La beauté des paysages, la qualité de la lumière, l'originalité, la variété des types humains avaient inspiré de nombreux peintres, à commencer par l'école « Orientaliste ». Aidés par des mécènes locaux, trois importants musées des Beaux-Arts, chacun dans les principales villes, étaient complétés à Alger par une école des Beaux-Arts et par une « Villa Abd el Tif » recevant pour des séjours de deux ans deux boursiers peintres ou sculpteurs.

Dans l'épanouissement littéraire, à côté des « algérianistes », et de ceux qui cultivaient la langue nouvelle du petit peuple européen, deux noms restent célèbres : notre prix Nobel, Albert Camus, d'ascendance modeste, et Paul Robert, fils de colon qui, avant d'entreprendre l'œuvre immense de son dictionnaire, avait écrit une thèse sur la culture...des agrumes.

Grisaille intellectuelle ? Aucune autre province française n'a engendré un pareil siècle.

Témoignages nostalgiques d'aujourd'hui :

« Effectivement il existait une littérature très importante et très riche. Il y avait une très grande animation. Le niveau était très élevé. Alger était une grande capitale intellectuelle. Des Algériens collaboraient. » (Laadi Flici, El Moujahid, 26 juin 1985).

« Alger n'est qu'un gros village sans particularités, sans âme, sans identité. » (Meziane Ourad, Algérie-Actualité, 13-19 mai 1986.)

UNE ETHNIE ANNIHILEE ?

« Une bête immonde, du nom de colonialisme, était venue annihiler leur personnalité, leur identité, leur langue.» (Dr Nacer Kettane, op. cit.)

Récusant évidemment « bête immonde » et aussi le terme « colonialisme» totalement inadéquat à l'Algérie, dont on a pu nier qu'elle fût une colonie, à tout le moins différente de toute autre, « unique en son genre » selon l'expression de l'historien anglais Alistair Horne, nous allons tout de même réfuter les trois assertions qui précèdent.

Annihiler leur personnalité ? Si l'on entend par là les efforts accomplis pour donner à des populations demeurées dans un état médiéval, accablées par des siècles d'une occupation turque stérilisante, accès a la civilisation occidentale et en faire peu à peu nos égaux : peut-être... Mais n'aurions-nous rien fait dans ce sens, de quels reproches encore pires serions-nous abreuvés par ceux qui, à l'inverse, estiment que ce ne fut pas assez !

Certes notre civilisation, telle qu'elle a évolué, n'est pas en tous points bénéfique. Mais même sans notre présence durant plus d'un siècle, la Berbérie aurait-elle pu demeurer à l'abri du désir d'occidentalisation qui a gagné toute une partie du monde islamique ?

Les musulmans d'Algérie n'en avaient point pâti quant à leur personnalité. La société d'autrefois s'était modifiée par l'amenuisement des hiérarchies féodales et le développement d'une classe moyenne vivant dignement à l'européenne, ayant acquis à notre exemple le goût du travail, la prévoyance du lendemain, le sens des responsabilités.

Leur fidélité religieuse n'en était pas affectée pour autant. A l'abri de toute pression, les chrétiens, freinés d'ailleurs par la neutralité officielle, ayant rapidement renoncé à un prosélytisme actif, l'Islam maghrébin avait conservé toute sa spécificité. S'il a été combattu, ce fut par une autre fraction de l'Islam, le mouvement réformiste ayant pris origine, dans le début du siècle, au Proche-Orient, non exempt de connotations politiques.

Alors que rien dans l'Algérie « colonisée » ne pouvait influencer fâcheusement la personnalité autochtone, par contre il n'en fut pas de même dans la métropole, lorsque l'émigration devint nécessaire pour aider à vivre une population dont la prolificité excédait les possibilités nourricières du pays. Mais que devrait-on dire actuellement où les immigrés y accourent sans raison impérieuse ? La décolonisation ne les a-t-elle pas dotés des richesses sahariennes, grâce auxquelles ils pourraient vivre chez eux à leur aise ? A ne considérer que le souci très légitime de garder leur identité, ne serait-il pas préférable qu'ils demeurent dans leur cadre naturel ?

Car l'on peut comprendre le profond malaise, encore aggravé par la désinformation sur ce que fut l'Algérie française, éprouvé par cette génération dont fait partie Nacer Kettane, tiraillée malgré tout entre la patrie de ses aïeux et la forme de civilisation à laquelle elle a goûté.

Annihiler leur identité ? Certainement pas une identité nationale, bien au contraire suscitée par l'œuvre unificatrice des Français, qui aussi l'ont confortée en exhumant et mettant en valeur tout un patrimoine oublié, indifférent à ses héritiers : prospectant les vestiges romains, berbères et musulmans, explorant le brillant passé d'anciennes capitales, Tahert, Kalaa, Bougie, Tlemcen, collectant des manuscrits anciens, reconstituant la trame historiques de siècles obscurs et proposant ces découvertes à la connaissance de tous, étudiant les particularités religieuses, confréries, culte des saints, ainsi que les traditions berbères d'une antiquité préhellénique, recueillant ce qui persistait du fonds oral et encourageant leurs adaptations théâtrales, s'intéressant aux poèmes, aux chants, aux musiques arabes et berbères en sauvegardant leur intégrité dans les conservatoires, tout en les diffusant sur les ondes...

Les musées exposaient des pièces anciennes, tapis, tissages, broderies, dentelles, ébénisterie, poterie. Ces arts mineurs, si menacés de nos jours, avaient fait l'objet de patientes investigations, les tapis en particulier sur les lieux de production (Tlemcen, Guergour, Mzab), et un service de l'artisanat, compétent et rigoureux, veillait à la conservation des pures traditions. Il n'est pas jusqu'à l'enluminure qui n'ait été portée à un haut niveau et enseignée. Osant enfreindre les interdits religieux, quelques peintres musulmans commençaient à révéler leurs talents. Il ne semble pas qu'ils aient, a l'époque, perturbé des défenseurs inconditionnels de l'identité.

Annihiler leur langue ? Ce n'est pas dans notre Algérie que leur langue a été menacée, mais en France, chez les émigrés installés avec leurs familles. La seconde génération emploie moins volontiers l'arabe ou le berbère que le français, si même elle ne les ignore.

Au temps de la colonisation l'enseignement en français n'avait en rien nui aux langues locales qui continuaient à être couramment parlées, un peu moins le berbère : ayant perdu depuis des siècles son écriture, il n'avait pu être retenu comme langue administrative, alors qu'un tiers de berbérophones peuplait le pays.

L'arabe, enseigné en option dans le secondaire, pouvait être approfondi dans les medersas et, ainsi que le berbère, à la Faculté, en sa littérature et ses dialectes, auprès de maîtres de grande notoriété. De tout temps des Européens furent de fins arabisants, traducteurs arabes.

Radio-Alger diffusait régulièrement des émissions en arabe et en berbère et une presse en langue arabe n'avait cessé de paraître. Des musulmans d'Algérie parmi les plus éminents ont écrit leurs œuvres en arabe. Un exemple significatif est celui du cheikh Benalioua, dont les textes d'un niveau spirituel et intellectuel exceptionnel ont connu un rayonnement dans une élite occidentale, bien que très partiellement traduits encore en français et en anglais.

Une cohorte de romanciers, souvent des instituteurs, fit une brillante entrée dans la littérature francophone, le français leur apparaissant un meilleur mode d'expression et de diffusion; ils n'éprouvaient certainement pas, du moins la plupart, le sentiment de se dépersonnaliser en n'usant point de leur langue maternelle (souvent le berbère).

Le bilinguisme vers lequel tendait l'Algérie n'apportait-il pas un enrichissement sans nullement porter atteinte à l'identité ? Les Algériens d'aujourd'hui l'ont compris, qui n'ont pas éliminé le français de leur enseignement : la presse la plus importante continue à être rédigée dans notre langue ; et l'on est frappé par l'élégance et le raffinement du style des rédacteurs, que pourraient leur envier bien de leurs confrères métropolitains. Cette francophonie solidement implantée reste l'un des vestiges les plus tangibles de notre temps révolu.

Nous nous sommes limités à cinq contre-vérités parmi les plus grossières et les plus répandues. Il en est bien d'autres : en particulier les relations existant naguère entre les ethnies ne cessent d'être dénaturées par l'audiovisuel et l'imprimé.

Exemples : le film « La dernière image » réintitulé par Marie Elbe « La dernière caricature », ou encore, dans l'émission plusieurs fois citée, les termes, repris avec tant d'insistance, de D. Leconte (« rebut de la Méditerranée... colonie-dépotoir ») et de A. Vircondelet (« lie du peuple français, résidu de différents pays du bassin méditerranéen ») ont amalgamé, parmi les premiers arrivants, les parasites passagers des armées en campagne et des pays neufs avec les pionniers héroïques, semblant oublier que leur pauvreté n'était nullement synonyme de lie. Combien les téléspectateurs auront gardé l'impression que nous étions la descendance de méprisables aventuriers alors que nous nous honorons d'avoir pour ancêtres, outre les défricheurs d'avant-garde, les autres colonisateurs, honnêtes et courageux ouvriers, artisans, commerçants, fonctionnaires et militaires se fixant dans le pays — mille par an pendant de nombreuses décennies —, déportés politiques de 1848 et 1851 — peu cependant restèrent —, beaucoup de riverains de la Méditerranée occidentale, français et étrangers, d'autres aussi de province, plus éloignées, comme les Alsaciens-Lorrains en 1871, et de Suisse, d'outre-Rhin, toutes ces populations d'origines si diverses qu'une ou deux générations avaient fondues en une communauté européenne unie.

Entre elle et les communautés autochtones, contrairement à ce que l'on s'efforce d'accréditer, une symbiose exceptionnelle était en bonne voie de réalisation, les Français remplissant un rôle d'encadrement dont l'Algérie ne saurait se passer de sitôt, tout en respectant des fidélités à des modes de vie traditionnels.

Sur une telle cohabitation, la controverse, hélas ! n'a plus d'objet ; retenons seulement le plus convaincant autant qu'émouvant des témoignages : l'accueil unanimement chaleureux, fraternel, réservé à ceux qu'on appelle « Pieds-Noirs » par les Algériens d'aujourd'hui. Voici quelques années le pèlerinage des anciens d'Oranie à la basilique de Santa Cruz en fut un éclatant épisode irrécusable.

Il y a là de quoi surprendre, et peut-être faire réfléchir ceux qui n'ont pas eu le privilège de vivre dans l'Algérie d'alors, difficile en soi à se représenter telle qu'elle fut, et plus encore à travers son image entièrement faussée par la désinformation malveillante qui continue de sévir.

Pierre GOINARD.


________________
(1) C'est nous qui soulignons
(2) Alger l'Amour Presses de la Renaissance 1982
(3) Les Pieds-Noirs, Le Seuil, Edit. 1980.






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mise à jour : 20 juin 2022